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En septembre 1930, la tempête la plus meurtrière du XXe siècle en France pour les marins a duré trois jours et trois nuits, sur un vaste secteur atlantique allant de la pointe du Finistère à La Rochelle. Un océan déchainé qui a coulé 27 navires de pêche et provoqué la mort par noyade de 207 marins, laissant à quai 127 veuves et 191 orphelins.
C’est de cette histoire tragique que se sont inspirés Le Galli et Héloret pour embarquer le lecteur sur le navire thonier Saint-Budoc, qui se fait par moment le narrateur du récit. A Concarneau, la saison de la pêche au thon touche à sa fin et cet équipage aguerri accueille un mousse, jeune homme qui remplace un marin blessé. Quittant le port pour sa dernière marée, les cinq marins-pêcheurs espèrent faire une bonne pêche et n’imaginent pas une seule seconde qu’ils vont bientôt devoir affronter la plus grande tempête du siècle.
Le voyage jusqu’à la zone de pêche permet au lecteur de faire connaissance avec les marins. Il y a le capitaine Valentin Tonkin, patron-pêcheur et propriétaire du bateau, le brigadier Iffic, pas commode, Fañch Brigand, dit Bamboche, vieux loup de mer porté sur la bouteille, d’Artagnan, le beau gosse marin pêcheur, et Jakez Louarn, le mousse.
Après cinq jours de mer, le thonier arrive sur la zone de pêche, au sud de l’Irlande, en limite du plateau continental. D’autres bateaux sont à l’affût, mais l’expérimenté Valentin a tôt fait de repérer les bancs de thons. La pêche à la ligne est bonne, à un point tel que le jeune Jakez a du mal à suivre le rythme, tuant comme il peut, d’un coup de couteau entre les deux yeux, les thons jetés sur pont. Tout irait bien si le baromètre n’indiquait pas une chute de pression atmosphérique synonyme de mauvais temps. D’autant qu’à terre, les épouses, les sœurs, les ouvrières des conserveries sont sujettes à ces fameux intersignes – un objet qui tombe, le son d’un tocsin imaginaire, etc. – annonciateurs d’évènements funestes pour les marins en mer.
Si l’équipage du Saint-Budoc fait face aux éléments au début de la tempête, la durée et la force de celle-ci vont bientôt réduire les marins au rôle de victimes maltraitées par les flots déchainés sur une coquille de noix, sachant que « la mer a toujours le dernier mot », comme le dit le vieux Fañch ! Dans ces circonstances, la vraie nature des hommes va se révéler, avec notamment le jeune mousse qui, contre toute attente, va faire montre d’un courage exceptionnel, sauvant par ses actions le reste d’un équipage décimé par les noyades et à bout de force.
Avec cet album singulier, le scénariste Michaël Le Galli et le dessinateur Héloret – déjà auteurs séparément de plusieurs BD chez Delcourt, Glénat ou Vent d’Ouest – signent un ouvrage de belle qualité, où la tension monte au fil des pages. Les dessins et les couleurs sont superbes, notamment lors des scènes où les hommes luttent pour leur survie, ballotté dans une tempête hors-norme. Publié par Locus Solus, un éditeur généraliste breton qui connait le succès, cet album est complété par un cahier graphique et documentaire très intéressant.
Par Dominique ERNST
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