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Si Pat Hibulaire est aujourd’hui beaucoup plus présent en bande dessinée, il est bel et bien né sur le petit écran et a marqué par sa présence d’éternel antagoniste (ou presque).
Avant la souris
Ce qui est moins connu du grand public, c’est que Pat n’a pas toujours joué au chat et à la souris.
En effet, c’est dans le court-métrage Alice Solves the Puzzle de la série Alice Comedies, que “Pete” voit le jour.
Pionnière dans le mélange animation/live action, Alice Comedies met en scène la jeune Alice, inspirée d’Alice au pays des merveilles, qui vit des aventures dans un monde animé, avec un chat (en animation) nommé Julius.
Réalisés par Walt Disney pour Disney Brothers Cartoon Studio (aujourd’hui Walt Disney Animation Studios), les courts-métrages sont animés en noir et blanc, entre autres par Ub Iwerks, grand ami et fidèle de Walt.
En 1925, dans l’épisode Alice Solves the Puzzle, alors qu’Alice fait ses mots croisés avec Julius, apparaît un autre chat, bien plus imposant et féroce : Pat Hibulaire sous le nom de Bootleg Pete. À ce moment-là, il ressemble plus à un ours qu’à un chat.
Ce dernier se présente comme un collectionneur de grilles de mots croisés et veut dérober celle d’Alice, pièce manquant à la collection du vil “cruciverbiste”. Il se confronte donc à Julius et évidemment, le bien l’emporte et Alice peut finir son activité.
Par la suite, Pat apparaît dans une vingtaine de courts métrages d’Alice, son apparence évoluant sans cesse. Dans certains épisodes, il a une jambe de bois, mais dans d’autres non. D’une certaine manière, Pat finit par avoir raison de son très éphémère adversaire, puisque Julius disparaît dans l’oubli après la série, alors que Pat avait encore de beaux jours devant lui. Au moins un siècle…
Suite à l’arrêt de la série, Walt crée en 1927 la série animée Oswald le lapin chanceux. Pat apparaît à nouveau sous le nom de Putrid Pete. La série s’impose comme un succès. Mais Walt finit par perdre les droits de son personnage suite à la trahison de bon nombre de ses animateurs en complicité avec le distributeur de la série. Cependant, un des animateurs reste fidèle et le suit : Son vieil ami Ub Iwerks.
Quand le chat est là, les souris arrêtent de danser
Disney décide de rebondir et la légende veut que lors de son retour à Hollywood, dans le train, il esquisse les premiers traits de son nouveau héros : Mickey Mouse. Il lui fallait un antagoniste contre qui se frotter, ce fut Pat Hibulaire.
En 1928, dans le court-métrage Steamboat Willie, sa première apparition aux côtés de la souris, Pat ressemble un peu plus à un gros chat. Capitaine d’un navire, il a Mickey pour matelot et finit par avoir raison de lui, l’envoyant éplucher les pommes de terre.
Mais Mickey aura bien des décennies encore pour prendre sa revanche.
En 1932 il apparaît dans La Vallée infernale, son premier comics trip, qui sera le seul scénarisé (en partie) par Walt Disney lui-même. Dans cette histoire, Pat prend son nom plus ou moins définitif en VO, Peg-Leg Pete. Côté scénario et surtout dessin, on retrouve Floyd Gottfredson, qui s’imposera comme un deuxième papa pour les aventures de Mickey, ajoutant tout un tas de nouveaux personnages à l’univers.
Toujours dans La Vallée infernale, Gottfredson crée pour Pat un associé, avocat véreux nommé Chicaneau. Mais après la retraite de Gortfredson, ce personnage se fera très rare.
Dès 1934 on commence à observer graphiquement les débuts du Pat Hibulaire moderne.
Un chat aux multiples noms
La particularité de Pat, c’est d’avoir eu, tant dans sa version originale qu’en français, bon nombre de noms. Qu’ils soient provisoires, son patronyme, comme son physique, ayant mis du temps à trouver une stabilité. Un peu comme si (on retrouve le procédé chez Tezuka) il s’agissait d’un acteur à qui on prêtait un rôle. Ainsi, en VO il s’est appelé One-Eyed Pete, Bootleg Pete, Black Pete avant de s’appeler Peg-Leg Pete.
En français, il s’est aussi appelé en BD Jean Bambois, du fait de sa jambe de bois dans ses débuts. Ou encore Le Frisé ou Mal O’Pat dans certains strips publiés dans des journaux et albums spéciaux dans les années 1930. En France, chaque strip de l’histoire était publié dans les numéros de quotidiens, tels que Le Petit Parisien ou Le Petit Marseillais. Il arrivait que certains jours, des strips ne soit pas inclus et même à plusieurs reprises que certains aient tout bonnement sautés. Les noms donnés aux personnages étaient parfois assez incongrus, comme Moule-à-gaufre pour Pluto ou Compte-gouttes pour Dingo...
Dans le court métrage Trois Espiègles Petites Souris, de la série des Silly Symphonies, en 1936, Pat le borgne est appelé Capitaine Katt. Finalement, c’est Pat Hibulaire - détournement très approprié du mot patibulaire - qui est resté dans nos contrées. Dans le reste de la francophonie, il a aussi eu le droit à ses petits noms doux. En Belgique, il s’est appelé Pete le Noir. Un nom digne des plus grands pirates mais peut-être une allusion au comparse noir de Saint-Nicolas, Zwarte Piet, et au Québec, il s’appelle tout simplement Pete.
Dans la BD Pluto et la fourrière de 1933, Pat y est un agent de fourrière, s’emparant du pauvre Pluto, alors que dans Le Fameux Chasseur de baleines, de 1938, il est… chasseur de baleines. Quoi qu’il en soit, à quelques exceptions près, le rôle du méchant est pour lui. Leader, il est bien souvent amené à en diriger d’autres.
En 1941, dans l’histoire Le Mystère du fleuve solitaire de Gottfredson, Pat explique à Mickey avoir troqué sa jambe de bois par une prothèse "plus moderne", en forme de chaussure.
En 1950, dans l’histoire Klondike Kid, illustrée par Riley Thomson et inédite en France à ce jour, Pat - outre le fait qu’il fume le cigare, droit qui, comme pour Lucky Luke, lui sera retiré plus tard - se trouve être roux (choix délibéré ou erreur du coloriste ?).
C’est dans les années 1950 qu’on l’affuble d’un assistant/sous-fifre nommé Lafouine (aucun lien avec le rappeur, à moins que...). En dépit du fait qu’il devienne et encore à ce jour, un personnage plutôt récurrent des BD avec le gros chat, il ne l’accompagne jamais à l’écran. Il est souvent le contrepied de Pat. Plus calme, moins méchant, un peu simple, l’opposé de son chef qui finit souvent par passer ses nerfs sur lui.
Si Pat Hibulaire est très souvent l’antagoniste principal des aventures Mickey, il lui arrive d’apparaître dans ceux de Donald Duck, comme quelques dessins animés ou dans la BD de 1942, Donald et le trésor du pirate, de Bob Karp, Jack Hannah et Carl Barks. Dans cette histoire, Pat a pour acolytes Œil-Rouge et son frère Oliver, deux rats qui se limitent à quelques apparitions en BD.
En 1960, l’auteur et dessinateur italien Romano Scarpa lui donne une épouse : Gertrude.
D’abord acolyte de ce dernier, elle devient parfois une figure d’autorité, s’opposant aux activités criminelles de son conjoint
Toujours dans les années 1960, Pat commence à travailler avec un nouveau personnage créé par Floyd Gottfredson : l’autoritaire et machiavélique Fantôme Noir, aussi appelé La Tache.
Ce vilain entièrement recouvert d’un linge noir s’affirme cette fois-ci plutôt comme un supérieur de Pat, quand ils ne sont pas associé. Il faut dire que ce génie du mal, un peu moins connu du grand public et créé par Floyd Gottfredson à l’origine en 1939, s’est vite imposé comme le second grand ennemi de Mickey, puissant et récurrent. Il en arrive même parfois à voler la vedette à Pat.
À la fin des années 1980, dans Le Journal de Mickey, les Français François Corteggiani et Claude Marin créent la série de gags, Bébés Disney. Mickey, Donald, Daisy, Pluto et même Pat, tout jeunes bambins, vivent des "aventures" à hauteur d’enfant, dans leur chambre. Là, pas question pour Pat de s’échapper de prison... Mais de son berceau. Gardant toutefois son caractère, Pat n’est pas vraiment un méchant. En même temps, à cet âge...
Pat Hibulaire fait une étonnante et inattendue apparition dans la série de La Bande à Picsou de 1987 où, cette fois-ci, il tente de lui vendre une pierre précieuse volée qui se trouve avoir des propriétés magiques.
Dès 1992, dans la série La Bande à Dingo, il se montre non pas un grand criminel, mais plutôt comme un vilain voisin. Il se confronte à Dingo qui lui, reste toujours très gentil avec Pat et le considère même bien souvent comme un ami, en dépit des crasses qu’il lui fait… C’est Dingo, quoi. On découvre là un duo vraiment explosif. Mickey est le type “parfait”, très courageux et sans peur malgré sa petite taille. Finalement, il est à la hauteur de Pat, adversaire lui aussi téméraire et fort, même s’il reste lâche.
Dingo, lui, est le gentil grand dadais naïf, très imparfait, gaffeur, mais au très grand cœur. L’ultime opposé de la tête dure qu’est Pat. Mais dans cette série, Mickey n’est pas présent pour “sauver” Dingo des manigances de ce profiteur qui n’hésite pas à abuser de la gentillesse et de la naïveté du gentil chien-chien. Dans cette même série, Pat Hibulaire a un fils nommé PJ (Pat Junior), une fille, Pistole et une femme, qui ne se trouve pas être la Gertrude des BD, mais une certaine Peg. Encore plus autoritaire, elle constitue aussi la faiblesse de Pat. Plus posé, Pat se trouve être un vendeur de voitures d’occasion, malhonnête, bien entendu.
Dans La Maison de Mickey, série adressée aux plus jeunes, Pat y est dépeint comme un antagoniste assez bêta qui finit bien souvent par s’assagir en fin d’épisode. Il porte une salopette bleue.
Mickey, Donald, Dingo : Les Trois Mousquetaires de 2004 constitue le dernier long métrage d’animation Disney de Mickey, Si on omet des téléfilms adressés à un public très jeune, dans un style et univers similaire à la maison de Mickey.
Dans ce film, Mickey, Donald et Dingo veulent être mousquetaires depuis qu’ils ont, enfant, rencontré les trois mousquetaires. Pat y campe une sorte de capitaine des Mousquetaires voulant secrètement détrôner la reine Minnie et prendre sa place. Pour l’occasion, ce film rend à Pat sa jambe de bois qui avait marqué ses débuts.
Vilain d’hier et d’aujourd’hui
Aujourd’hui, Pat est présent à l’occasion à l’écran dans de nouveaux programmes dérivés de la maison de Mickey. Mais dans la BD, il n’a pas perdu sa place, restant fidèle à lui-même, lourdaud gredin et voleur. De nombreux grands auteurs Disney se sont succédés depuis Floyd Gottfredson qui lui avait donné sa seconde naissance en BD. De l’Américain Paul Murry à l’Italien Romano Scarpa, en passant par Massimo De Vita, Giorgio Cavazzano ou plus récemment Casty.
Né aux états-unis, c’est pourtant en Italie, par la suite, que bon nombre des BD avec Pat ont étés produites. Il faut dire que Mickey, ou plutôt Topolino, est très populaire là-bas. De surcroît, la production d’histoire aillant avec le temps cessé aux USA, la majorité des BD Disney proviennent désormais des studios de l’éditeur scandinave Egmont qui a la licence Disney en Scandinavie et en Allemagne, des Pays-Bas où il est publié chez DPG Media et en Italie par Panini Comics. Ceci explique cela.
100 ans et toutes ses dents
Du haut de son siècle d’existence, Pat Hibulaire est un antagoniste complexe, le premier créé par Walt Disney qui a survécu à bien des époques et bien d’autres personnages et traversé le 7e comme le 9e art en dépit de toutes les vicissitudes. Plus ancien antagoniste de Disney, certes, mais surtout plus ancien personnage du géant américain encore en activité. Il est apparu dans [plus de 3300 histoire en bande dessinée !] Oscillant entre caïd de pacotille et vrai dur à cuire, en passant par brute au cœur tendre, de par son âge historique, de surcroît toujours en activité, il a donné du relief à Mickey !
Par Rémi BARNAULT
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
En médaillon : Illustration par Stefano De Lellis et Cristina Giorgilli. © Disney.
Voir aussi :
Pat sur la base données INDUCKS ;
Pat Hibulaire, le colosse aux pieds d’argile, coll Mickey Donald & Cie - La Grande Galerie des Personnages, Ed. Hachette.
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