Bon
29 septembre 2025
La ligne de train qui relie Béziers (Hérault) à Neussargues (Cantal), longue de 277 kilomètres, est remarquable : la diversité de ses paysages, ses passages à forte déclivité, ses tunnels, ses viaducs, et la relative lenteur des machines qui l’empruntent en font une espèce en "voie de disparition". Surtout, elle traverse l’une des zones les moins densément peuplées de France. Or, c’est précisément pour cette raison qu’en 1995, la SNCF décide de la supprimer. Victime, dans cette nouvelle époque de recherche de rentabilité (y compris pour des organisations ayant des missions de service public), elle paie, comme d’autres, la politique visant à supprimer entre 12 000 et 15 000 kilomètres de rail. Mais comment vont se déplacer les milliers d’usagers non véhiculés, dépendant du train, dans des territoires dévalorisés et parfois soumis à de rudes conditions climatiques ? Un comité de défense et de promotion de la ligne, dont le premier tronçon a été inauguré en 1872, naît alors.
C’est en cheminant le long de la ligne qu’Alain Bujak et Elliot Royer, dans un style épuré, racontent cette histoire à la fois nostalgique et militante. Se rappelant les voyages (un peu idéalisés) de leur enfance, associés aux odeurs et aux grincements des fenêtres coulissantes dans ces anciens wagons à compartiment, ils constatent la dégradation progressive du réseau ferroviaire, moyen de transport largement dominant durant des décennies. Au fil de leurs rencontres avec les nombreux acteurs et témoins du combat pour le maintien de la ligne (usagers, élus locaux, cheminots), ils racontent une lutte couronnée de succès : la ligne est sauvée. Mais à côté de cette victoire, combien de défaites par ailleurs ?
L’ouvrage, documenté, met en avant les choix politiques qui, au fil du temps, ont d’abord favorisé l’essor du train avant que ne s’impose le paradigme de la métropolisation et du développement des grands centres urbains, au détriment des territoires ruraux. L’aménagement du territoire et les inégalités qui l’accompagnent sont des enjeux indissociables des préoccupations environnementales (le transport ferroviaire étant bien moins polluant que l’automobile), ainsi que d’un phénomène de retour à la campagne, conséquence de la flambée de l’immobilier en ville et d’une volonté de retour aux grands espaces dans le monde de l’après-confinement. Au-delà du combat pour la ligne en elle-même, il est question, en creux, du sentiment de relégation voire d’abandon que ressentent certaines populations, parfois cristallisé dans des mobilisations collectives telles qu’on en a vues récemment en France.
Par Damien BOONE
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