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Nous avions chroniqué avec enthousiasme voici un an le premier tome de l’intégrale du chef-d’œuvre de Noel Sickles, Scorchy Smith, chef de file de la bande dessinée réaliste américaine sans lequel Milton Caniff, Hugo Pratt, Jijé ou Alex Toth seraient peut-être devenus de simples graphistes dans un bureau de publicité.
On force le trait bien sûr, mais ce deuxième tome vient le rappeler à propos : il achève l’intégrale de ses strips de Scorchy Smith publiés entre 1933 et 1936. Les histoires, bien que complexes et bien racontées, sont naïves. Le jeune aviateur Smith est accompagné d’un grand Allemand costaud, as de l’aviation pendant la Première Guerre mondiale, et d’une accorte demoiselle québécoise qui a hérité de la mine d’or de son père. Ils décident de faire un tour du monde qui les amène à Bagdad dans les années 1930, quand le territoire de l’Irak, issu de l’empire ottoman démembré, est sous mandat britannique, bien que les Bédouins y fassent ce qu’ils veulent. Dans cet album, très peu de clichés colonialistes qui documentent l’époque si on le compare aux œuvres contemporaines d’un Hergé, par exemple.
Ce qui en fait un album intéressant, c’est d’abord la justesse de la documentation, des avions et des armes en particulier, mais aussi des anatomies, des attitudes, des paysages, dessinés de façon académique et virtuose. C’est toute la grammaire du comic-strip classique, contemporain d’Alex Raymond (Flash Gordon) et d’Harold Foster (Prince Valiant, Tarzan...) qui se déploie sous nos yeux.
Ce qui bluffe, c’est l’appareil critique qui l’accompagne et qui explique l’abandon de la BD par Sickles dès la fin des années 1930 au profit, des services de l’armée pendant la Seconde Guerre mondiale, puis de la publicité et de l’illustration par la suite. S’il revient à la BD, c’est uniquement pour aider Milton Caniff qui fut son élève et quelques collègues à qui il donne des coups de mains.
On la découvre, magnifiquement éditée, cette production dont les qualités d’inspiration laissent à penser qu’un Jean Giraud et un Jijé ont pu les voir de près lors des débuts de Blueberry.
La densité de la partie documentaire, en plus d’une publication des planches reproduites avec soin, fait de cet ouvrage un document monographique de référence qu’en dépit de son prix dispendieux (mais franchement, un tel ouvrage, à un tirage aussi réduit, comment faire autrement ?), toute bibliothèque d’érudit de la BD se devrait de contenir.
À mettre sur la liste des cadeaux de Noël d’un ami collectionneur…
Par Didier PASAMONIK
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Noel Sickles– Scorchy Smith et le génie de Noel Sickles, Tome 2 - 54,90 €
En vente en librairie et à la galerie Barbier.
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