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Chez ActuaBD nous sommes férus de BD en tout genre, il en va de soi. On sent l’odeur du papier neuf et l’encre coule, elle, presque dans nos veines. Ainsi, on peut être assez intrigué par l’initiative des Américains Scott McCloud (oui, l’auteur d’Understanding Comics, L’Art invisible !) et Raina Telgemeier pour La Bande des Bédémaniacs. Une bande dessinée, certes, mais surtout un guide destiné aux collégiens - et plus largement à tous les curieux - désireux de s’initier à la pratique du 9e art.
On y suit Maykala, une jeune fille qui déborde d’imagination. Seulement, elle ne sait pas comment s’y prendre pour coucher sur papier ses idées d’histoire. Lynda, elle, dessine, mais n’est pas convaincue par ses propres œuvres. Quant à Howard, bien qu’il adore dessiner, il manque d’idées. Enfin, il y a Art, qui lui est juste curieux de nature. Tous ensemble, ils décident de créer un club pour créer leurs propres BD de manière collaborative. L’union fait la force, dit-on. Une oeuvre de qui reste dans la veine éducative de celui qui nous a fait découvrir la BD d’un autre oeil.
Pendant ce temps, Gavin Aung Than, basé en Australie, fait son entrée dans le catalogue de l’éditeur et nous propose dans un style graphique assez similaire : “La Clinique des créatures”. Dans un monde peuplé de créatures fantastiques de toute sorte, existe une clinique médicale qui soigne l’intégralité de la population. L’intégralité ? Non, ceux appartenant au genre humain n’y sont pas les bienvenus. Mais lorsqu’un groupe d’humains s’introduit un jour dans le cabinet, une jeune médecin nommée Kara se retrouve coincée entre compassion et pression sociale. Une histoire où le loufoque côtoie des thématiques profondes comme l’accès au soin, écho d’une réalité internationale.
Adapter en bande dessinée un album illustré anglais de près de 60 ans, en voilà un sacré défi. Relevé par Louison, qui fait par la même occasion son entrée au catalogue de l’éditeur parisien. Porculus est un personnage créé par Arnold Lobel, un artiste spécialisé dans l’animalier, en 1969. L’album a été édité en France à l’époque, on vous le donne dans le mille, par L’École des loisirs, maison-mère de Rue de Sèvres. Ne supportant plus la propreté plus qu’excessive de la fermière, Porculus décide d’aller voir en ville si boue il y a. Il va se retrouver dépaysé en voyant que la boue laisse place au pavés et autre béton. Mais la question que l’on se pose est : quid de la “propreté” ?. On constate qu’en plus de reprendre la trame d’origine, le trait de Louison colle parfaitement à l’original. Un hommage qui s’annonce des plus fidèles.
Après avoir été adaptée au cinéma en 2020 (sacrée année), Petit Vampire, la série culte de Joann Sfar également adaptée en roman et jeux vidéo, fait son grand retour aux sources : La BD. Et quel retour en grande pompe ! Pas moins de trois albums sont sortis dans la nouvelle collection intitulée “Les Nouvelles Aventures de Petit Vampire”. Sfar passe le flambeau à de nouveaux talents : Laurent Rivelaygue, Pauline Pinson, Agnès Mathieu-Daudé au scénario et Sess au dessin. Tous quatre font ainsi une entrée chez Rue de Sèvres, qui promet d’être remarqué. Dans le tout dernier tome, à paraître ce 5 novembre 2025, Michel et son éternel ami Petit Vampire font la rencontre d’un personnage iconique de la littérature jeunesse : Peter Pan, dans une version pour le moins démystifiée.
L’auteur français Jack Manini et le dessinateur coréen Kyung Eun Park, s’associent pour un diptyque à propos de l’histoire du commerce de la banane : “Banana Story”. On y suit l’histoire vraie de Samuel Zemurray, un émigré d’origine Russe fraîchement débarqué au nouveau monde. Orphelin et sans le sou, ce jeune garçon de 14 ans n’en demeure pas moins ingénieux et plein de ressources. Son idée : vendre des bananes trop mûres. Rien que ça. On suit ainsi son rêve américain et les conséquence de son filon commercial sur la politique et la vie sociale d’Amérique centrale. Rendez-vous le 24 septembre 2025 pour découvrir la première partie des aventures de celui qui fonda l’United Fruit Company et fut connu sous le sobriquet tout trouvé de Sam the Banana Man (Sam, l’homme banane).
Pour les plus grands, paraît ce même 24 septembre 2025 le final de l’adaptation en BD de la série Verhœven, saga thriller de Pierre Lemaitre, placé parmi les auteurs les plus lus en France. Fidèles à la démarche adoptée depuis le début de cette adaptation, Pascal Bertho et Yannick Corboz choisissent de donner à chaque volume le prénom d’une femme en lien avec Verhoeven, le commissaire assez atypique. Après Irène, Alex et Camille, ce quatrième et dernier tome adapte le roman Sacrifices sous le titre d’Anne. L’intrigue débute quatre ans après le décès d’Irène, la chère et tendre du commissaire. Suite à cette épreuve, il trouve du réconfort auprès d’Anne. Mais cette dernière, victime collatérale lors d’un braquage orchestré par un forcené multirécidiviste des plus féroces, se retrouve défigurée. Le commissaire va alors mener son enquête. Mais l’antagoniste est prêt à tout pour retrouver Anne afin de l’envoyer six pieds sous terre saluer ses créateurs. S’en est trop Verhoeven qui va faire de ce dossier une affaire des plus personnelles. C’est le début d’un jeu du chat et de la souris. Sauf qu’ici, il y a deux fauves. En perspective, le bouquet final explosif d’une adaptation qui frôle le quasi sans faute.
Les fans de Régis Loisel vont sûrement être aux anges ce 19 novembre 2025. Iconniquement connu pour La Quête de l’oiseau du temps et sa version de Peter Pan, Loisel fait son grand retour en tant qu’auteur complet. Il avait réalisé sa version de Mickey Mouse en 2016, un très bel hommage aux sources de l’icône Disney. Pour l’heure, l’auteur propose La dernière maison juste avant la forêt, qu’il coécrit avec son élève de longue date Jean-Blaise Mitildjian. On suit l’histoire d’un certain Pierrot, un facteur au physique pour le peu disgracieux. Cependant, suite à un sort vaudou jeté par sa propre mère, le jeune homme va se croire éperdument irrésistible (sympa la daronne…).
Une vision erronée de soi-même qui ne joue pas en sa faveur lors de ses rencontres avec des représentantes de la gente féminine. On va découvrir une certaine Yvette qui règne en maîtresse sur la dernière maison (close ?) juste avant la forêt (titre), entourée d’un colonel qui se trouve être son mari, mais aussi d’une bande de “terrifiantes” demoiselles. Lors de la fête d’anniversaire du colonel, électrochoc : une nouvelle prostituée débarque, ne laissant personne indifférent. L’humour et le fantastique de Régis Loisel réunis en une œuvre dans un titre assez intrigant. On en reparlera sans doute.
Pour célébrer en grande pompe le retour de l’artiste, l’œuvre sort en parallèle en version noir et blanc avec une couverture alternative bien plus démonstrative du style sublimement fébrile et expressif de l’auteur. Une édition qui lance le pari de mettre en avant le côté inquiétant de l’œuvre et son trait. À la bonne heure.
L’édition noire et blanc est par ailleurs agrémentée d’un conséquent entretien de 16 pages, avec Christelle Pissavy-Yvernault, célèbre historienne de la bande dessinée et autrice de l’essai Loisel dans l’ombre de Peter Pan chez Glénat.
Du côté du Renard doré
Pour aborder la rentrée de la qualitative, lumineuse, fraîche – bref, tant d’adjectifs pour cette collection manga axée jeunesse de Rue des Sèvres – comment ne pas commencer par évoquer le 4ᵉ tome de Petit Requin, sorti ce 10 septembre 2025 ?
Après trois tomes passés à s’émerveiller en province, aux alentours de Huit-Poissons, il est temps pour le solaire Petit Requin de sauter le pas ou de faire "le grand plongeon" et d’aller visiter la grande ville. Comme à l’accoutumée, il va se faire des amis à chaque coin de rue. Au programme, toujours plus de découverte, comme le planétarium… ou le métro. Comme quoi, Pingouin Box, L’auteur, a vraiment la clef pour rendre tout merveilleux. Le top de la BD muette (quasiment), accessible, adaptée et surtout conçue pour les plus petits. Mais peu importe l’âge, on ne nous retirera pas ce beau petit moment d’évasion poétique.
Vous reprendrez bien un peu de Petit Requin ? Si la petite créature “kawaï” est née sur le web avant de vivre ses aventures en album, puis en série TV disponible sur YouTube, elle franchit désormais un nouveau cap (décidément) avec une adaptation cinématographique sortie ce 25 août au Japon. Le sujet ? La grande ville ! Ainsi, même s’il n’y a, à notre connaissance, aucune sortie prévue en France pour le moment, on peut toujours se consoler avec le quatrième tome.
Restons encore un peu dans ce registre avec Pompon et compagnie, de Furuyan, à paraître le 10 octobre 2025.
On suit Pompom, un brave petit toutou qui s’émerveille à chaque tranche de vie. Il aime manger, jouer et lire (après tout pourquoi pas) avec ses compères Pampille, Igloo et Meringue.
À première vue, malgré un style graphique différent, on pourrait croire qu’il s’agit d’un crossover de Petit Requin. Mais il n’en est rien. Pourtant, nul doute que ces deux là pourraient être amis. En tout cas, on risque de craquer facilement, autant pour le personnage que pour les douces aquarelles. Mais saura-il se démarquer sans être son simila de l’aileron sur pattes ?
Après Nikuko du port de pêche, le label du Renard Doré propose un tout nouveau diptyque : L’Atelier des fées de Akane Wakita. On y suit Kyoko, une jeune couturière à l’"atelier Mauve". Entre les tissus et les ustensiles, une abeille rôde… du moins, c’est ce que croit le personnel de l’atelier. Kyoko, elle, saura dépasser les apparences et découvrir la véritable nature de cette visiteuse du registre du merveilleux : une fée, blonde, vêtue d’une robe jaune, nommée Princesse. Dans cette plongée dans l’univers délicat de la couture et du textile, on découvre la complicité naissante entre l’humaine et la fée, qui lui demande une nouvelle robe taillée dans une fleur d’ipomée.
La série La Forêt magique de Hoshigahara, de Hisae Iwaoka, se conclut le 5 novembre 2025 avec la sortie de son cinquième et dernier tome. À Hoshigahara s’étend une forêt mystérieuse, que l’on dit hantée, mais où règnent en réalité magie et merveilleux : les animaux parlent, la nature s’anime avec les esprits. C’est là que vit Sôichi, un garçon au cœur pur qui aide les âmes égarées. Après plusieurs épreuves cette ultime aventure spirituelle marque le retour de Brise, l’esprit du vent. Le dessin, précis et poétique nous emportera une dernière fois au fin fond des sentiers.
Dans Le Gardien des étoiles, de Isuzu Uemura, nous suivons un vieil astronome tenancier d’un planétarium baptisé La Petite Galaxie et son jeune apprenti. Ensemble, ils accueillent des visiteurs égarés qui viennent observer le ciel et peut-être même au passage trouver des réponses à des questions profondes. Des tranches de vies suspendus, hors du temps, mais bien ancrées dans l’espace. Le deuxième tome est prévu pour ce 22 octobre 2025.
Miyako Miiya est une autrice spécialisée dans les contes fantastiques. Elle nous propose le deuxième tome de "Louve". Ur est un jeune berger qui a une sœur, Juf, assez atypique, à première vue. Si elle a les traits d’une louve, elle préserve toutefois son humanité. Sa situation est dû à une malédiction.
Si les attachants frère et sœur incarnent ensemble le noyau de cet univers, chaque chapitre suit pourtant un personnage variant d’un récit à l’autre, mais finissant par les croiser. Un univers foisonnant, au style saisissant qui aborde en fond les thématiques de l’acceptation de soi et de la différence.
Le premier opus nous avait conquis. C’est donc avec entrain que l’on attend la sortie de cet ultime tome (déjà) le 5 novembre 2025. La couverture, conçue comme l’écho de la première, place les deux albums face à face. Un véritable jeu de miroirs, et pourtant, c’est le jour et la nuit !
Par Rémi BARNAULT
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