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Pas mal
8 avril 2026
Sangre arrive sur Monde Rouge, une lune dominée par l’argent, le jeu et les faux-semblants, où Rugleïs règne en maître sur un palais-casino. Pour approcher cet ogre, elle se fait passer pour une riche héritière, s’entoure d’un escroc de pacotille et de gardes du corps, puis utilise son pouvoir pour truquer une table et jeu et provoquer le maître des lieux. Sa stratégie fonctionne, mais pas comme elle l’espérait : Rugleïs la déjoue, la capture et la place à sa merci. Débute alors une confrontation cruelle, censée faire tomber les derniers voiles sur la tragédie familiale de Sangre et le sort de sa mère.
Ce qui frappe, c’est la rigueur du dispositif narratif : une héroïne bègue, cabossée par ses blessures, plongée dans l’atmosphère dorée d’un casino où chaque sourire peut dissimuler un piège, face à un adversaire capable de faire basculer la partie d’un geste, d’un mot ou d’un regard. Christophe Arleston signe une traque aux accents de conte cruel, dans un jeu de masques et de reflets où l’ogre Rugleïs n’est que l’exécutant d’un être ivre de pouvoirs mais amnésique. Si ce tome se révèle assez identique aux 4 premiers opus, la révélation qui s’y cache rebat totalement les cartes et réoriente durablement la suite de la quête vengeresse de notre héroïne. Un rebondissement inattendu, donc qu’on a apprécié.
Depuis le tome précédent, Adrien Floch a cédé le dessin à Stefano Vergani (Lost Shelter). Le style, plus anguleux et moins fluide peut surprendre au premier abord et demander un temps d’adaptation, mais il s’accorde à l’univers clinquant et menaçant de ce nouvel arc. Néanmoins, on regrette que certains visages (dont celui de Sangre !) sont à certains moments méconnaissables d’une case à l’autre. Les couleurs d’Hugo Poupelin renforcent, elles, l’impact du récit, avec une lumière vive, presque électrique, qui fait ressortir les reflets du cratère-oasis et des néons, tout en accentuant la tension dramatique.
Ce cinquième opus s’apparente finalement à une escale de transition aux allures de huis clos impitoyable, un face-à-face cruel qui souffle le chaud et le froid sur nos attentes. Si l’on reste sur notre faim après l’éclat magistral des premiers tomes, l’étincelle de la vengeance brûle encore sous la cendre : la fureur de Sangre n’a pas dit son dernier mot.
Par Milan MORALES
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