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Très bon
29 avril 2026
Depuis l’enfance, Mahiru a appris que la gastronomie apaise les peines, qu’elle adoucit les chagrins de ceux qu’il aime en les nourrissant de ses meilleures créations. Lorsque son père, veuf et indifférent, l’abandonne pour quitter le Japon, le jeune homme se retrouve orphelin de tendresse, jusqu’à ce que Yoruko Kitagawa, romancière froide et distante, le recueille sous son toit. Mahiru voit alors dans cette rencontre une opportunité : il concocte à son hôtesse les plats les plus savoureux, espérant transformer cette cohabitation forcée en amitié véritable. Pourtant, Yoruko refuse mystérieusement chaque assiette, révélant par ce refus un malaise profond qui dépasse la simple inappétence.
Deux âmes blessées : la cuisine comme langage du cœur
C’est précisément dans cette impasse que germe la beauté du récit : Mahiru ne renonce pas, car il comprend intuitivement que derrière ce refus se cache une blessure invisible, une cicatrice émotionnelle que seule la patience et la persévérance peuvent cicatriser. Ainsi, malgré leur différence d’âge et leurs maladresses respectives, ces deux êtres meurtris vont progressivement se rapprocher, s’apprivoiser comme deux créatures farouches découvrant qu’elles ne sont pas seules dans la nuit. La cohabitation devient alors un apprentissage mutuel où chacun apprend à donner et à recevoir, où la table devient l’autel d’une guérison partagée.
Yuu Morikawa : l’alchimie du quotidien et de l’émotion
Yuu Morikawa, scénariste déjà reconnue pour La Désastreuse Histoire des jumeaux Stevenson, déploie ici son talent pour capturer les nuances du cœur humain, ces petits gestes qui font basculer une existence. Elle construit son histoire en deux tomes seulement, refusant l’étirement narratif pour préserver l’intensité émotionnelle du propos, comme si chaque page était une bouchée savourée plutôt qu’avalée.
Son scénario navigue avec finesse entre la difficulté de deux êtres marqués par le chagrin, transformant la cuisine en métaphore universelle du soin et du partage. Reprendre goût à la vie devient ainsi bien plus qu’une simple histoire de cohabitation : c’est une célébration de la résilience, où chaque plat préparé avec amour devient un acte de rébellion contre la solitude, un hymne à la capacité humaine de se reconstruire ensemble autour d’une table.
Par Jessy LEMESLE
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Reprendre goût à la vie T.1, Yuu Morikawa, Editions Delcourt/Tonkam, 8,50 €