Trente ans après la disparition de Jean-Patrick Manchette, ses polars sociaux publiés entre 1971 et 1981 continuent d’impressionner par leur richesse. Si la plupart de ces ouvrages ont été adaptés au cinéma (avec souvent Alain Delon en tête d’affiche, ce qui ne manque pas de sel quand on connaît le côté « anar » de Manchette), ils ont également fait le bonheur d’auteurs de BD comme Tardi (une collaboration, Griffu, et trois adaptations), Loustal (un album) ou Cabanes.
Sur des adaptations de Doug Headline (alias Tristan Manchette, fils de Jean-Patrick), ce dernier a dessiné depuis 2009 La Princesse du sang (T.1 et 2), Nada, Fatale et Morgue pleine. Toujours avec son complice, Max Cabanes revient aujourd’hui avec Que d’os ! dans la collection Aire noire, un album d’une centaine de pages (trois ans de travail pour le dessinateur) où l’on retrouve le « héros » déjà croisé dans Morgue pleine.
Paris, 1975, Eugène Tarpon – un physique entre Eddy Mitchell et Robert Charlebois –, ex-gendarme devenu détective privé, et ses équipiers, la jeune cascadeuse Charlotte et le vieux journaliste Heymann, vont progressivement mettre le doigt dans une très sale affaire où se mêlent vieux secrets du temps de l’Occupation, relations coupables entre police et extrême-droite, malfrats à la gâchette facile, sectes loufoques et autres joyeusetés…
Ciblé par des flics pourris, passé à tabac, capturé et séquestré, fracassé, Eugène Tarpon a droit à une authentique descente aux enfers, dans cette enquête qui avait pourtant débuté paisiblement, avec la recherche d’une jeune fille disparue…
Cette adaptation d’un roman mythique de Manchette fait revivre la France des années 1970. Bien loin de la vision idéalisée que nous en avons souvent aujourd’hui, cet album montre un pays assez sinistre, avec des flics corrompus et des malfrats acoquinés avec des politiques, mais avec aussi de l’action, de la violence, de la gouaille et une autopsie saisissante de cette société française plombée par la fin des Trente Glorieuses et le choc pétrolier de 1973.
Doug Headline signe une adaptation et un scénario de bonne qualité, avec des dialogues bien enlevés et un rythme de narration soutenu. Côté graphisme et couleurs, Max Cabanes fait le job, avec un dessin riche en hachures, certes moins « ligne claire » que lors de ses grandes années (A Suivre), mais qui restitue bien l’ambiance des années 1970.
Par Dominique ERNST
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Que d’os ! – Par Cabanes & Headline, d’après Manchette – Aire Noire - Dupuis
Il existe également une édition spéciale (tirage de tête), avec jaquette, numérotée et signée.