Excellent
23 novembre 2024
Dans Rébétiko, David Prudhomme nous plongeait dans la culture qui a forgé la musique du même nom. Un cri du coeur naît de l’exil, où mélancolie et contestations font bon ménage, tel le blues aux État-Unis. Une musique et une culture issues des bas-fonds de la Grèce dans les diasporas d’Asie Mineure.
L’épisode du premier album se déroule en 1936, après le couronnement du dictateur Metaxas qui veut interdire le Rébétiko. Il l’accuse de démoraliser la jeunesse. On y suit Stavros, rébète, qui avec son groupe traîne et goûte à tous les excès de la vie du Pirée des années 1930.
Le premier album est une découverte, une ouverture de la musique et de la culture du Rébétiko. L’action se déroule sur un temps très court. Elle n’en demeure pas moins intense.
15 ans plus tard, convaincu de n’avoir pas tout dit, David Prudhomme ouvre un nouveau chapitre musical avec Rébétissa. Campé par Béba, on retrouve la bande du premier volume empêtrée dans la dictature liberticide de Metaxas. Le Rébétiko est définitivement interdit. Pourtant, le groupe de musique ne veut pas l’abandonner, et encore moins le café dans lequel ils jouent, qui menace de fermer si le spectacle s’arrête. Menacé de toute part, il est nécessaire pour eux de continuer.
Rébétissa, traite de censure, de xénophobie, de discrimination mais surtout de culture et d’identité. Qu’est-ce qui fait, compose et enrichit une culture, un patrimoine immatériel ? Tout en se questionnant sur ce qu’on en fait, comment la conserver et la transmettre. L’histoire date de presque un siècle mais l’album entre en résonance avec notre société actuelle.
L’album sort à l’occasion du festival BD Boum 2024. David Prudhomme y est invité d’honneur en qualité de Grand Boum de la ville de Blois. Cependant, cette version à l’italienne n’est pas la version définitive. Elle est tirée à 2 500 exemplaires.
L’ouvrage reprend le format et les facs-similés des planches originales avant la mise en couleur. Il arrivera en librairie en avril 2025.
Dans cette version collector, les planches sont brutes, les matières sont visibles et vivent sous nos yeux. Les noirs sont profonds et font vibrer les traits. Les reproductions sont d’une grande qualité, ce qui permet de se plonger dans la réalité et la virtuosité de chaque trait, méticuleusement pensé.
Le dessin est élégant. Les personnages et la musique prennent vie sous des traits qui dansent, le tout baigné par une lumière douce de Méditerranée.
Par Kelian NGUYEN
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Rébétissa - Par David Prudhomme - Ed. Futuropolis
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