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Bon
22 septembre 2025
Créé par Carl Barks en 1947, Picsou a bercé des générations de lecteurs, au point de s’imposer aux côtés de l’intouchable icône Mickey Mouse et d’avoir ses propres magazines dans divers pays. L’enfance du personnage est située quelque part dans le courant du XXe siècle. On sait qu’il a grandi à Glasgow en Écosse dans la pauvreté. Pourquoi l’Écosse ? Du fait d’un cliché populaire dénigrant qui attribue aux Écossais un souci excessif d’économie...
On a été témoins - à travers les témoignages du Picsou de Carl Barks et les immersions dans le passé du même personnage par Don Rosa, de l’amour intrafamilial de la série faite de neveux, d’oncles et de tantes, entre autres choses. Fergus McPicsou, père de Balthazar Picsou, alors appelé simplement Balthazar, a certainement dû se plier en quatre pour lui léguer le matériel nécessaire afin de cirer les souliers des passants.
Le sou qu’il va recevoir comme humble salaire, de la part d’un certain cantonnier, est à première vue de la menue monnaie. En plus ce n’est qu’un petit dîme (10 cents), une pièce des States ! Quelle utilité en Grande Bretagne ? Aucune. Cette pièce va pourtant, au-delà de son aspect mystique, pousser le jeune Balthazar à redoubler d’effort dans le travail et même quitter sa mère-patrie pour le nouveau monde : les USA. Après de nombreux voyages, péripéties… Une véritable épopée, pour ainsi dire, pleine de découvertes, d’enrichissement, Picsou est devenu le self made man. Picsou est un personnage riche dans bien des sens et nuancé qui, derrière son image de dur à cuire, laisse entrevoir si l’on est attentif, une sensibilité profonde, un passé marqué par de rudes épreuves, facette sombre de lui-même.
Présenté au festival d’Angoulême lors d’un point presse en janvier dernier, Picsou et les bit-coincoins est annoncé dès lors comme “le grand retour de Balthazar Picsou”. Voilà qui a de quoi piquer notre curiosité, sachant que le populaire milliarsaire a son journal : Picsou Magazine, chaque mois dans les rayons des marchands de journaux. On a aussi le droit de façon bimestriel à un numéro de Super Picsou Géant. Le label des créations originales Disney par Glénat avait même proposé en 2022 un album qui revenait sur les origines du canard : Le Dragon de de Glasgow.
Tout cela pour dire qu’annoncer “le grand retour de Picsou” a de quoi séduire autant que dérouter, ce qui peut placer la barre haut en termes d’exigence. Mais concentrons nous sur l’album.
Donaldville, état du Calisota, de nos jours (à n’en pas douter). Picsou s’impose depuis maintenant longtemps comme le canard le plus riche du monde. En témoigne son coffre fort au milliers de mètres-cube d’argent, ainsi que son empire qui dépasse les frontières donaldvilloise. Nombreux l’envient, peu l’atteignent. Picsou a déjà fait face moult fois à deux milliardaires : Gripsou et Flairsou. L’un s’étant fait sur le dos des autres, l’autre grâce à papa.
Pour cette nouvelle aventure, les auteurs misent sur un nouveau riche. Un canard qui rappelle une certaine personnalité bien réelle, versé dans les nouvelles technologies et la mégalomanie. Quand Picsou apprend qu’il vient de se faire doubler par ce “Carsten Duck”, c’est le début de ses soucis.
Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’il se fait battre… mais ça ne dure jamais bien longtemps. Mais cette fois-ci si, c’est différent : Picsou est complètement largué. On lui parle de réseaux sociaux, d’influence et surtout de cryptomonnaie. Picsou a de toute évidence raté le coche du bitcoin en 2011...
Pas si étonnant quand l’on sait la valeur sentimentale qu’il accorde à chacune de ses pièces. Mais dans le souci de se mettre à la page et récupérer son titre de canard le plus riche du monde, il se lance dans l’aventure “bitcoincoins”. Résultat des courses : du jour au lendemain, Picsou va se retrouver ruiné.
En dépit de cette descente aux enfers, l’ex-milliardaire n’a pas perdu le soutien de ses proches qui vont l’aider à se refaire un nom. À faire son fameux grand retour.
Picsou et les bit-coincoins tourne en dérision notre époque. Ainsi, Riri Fifi et Loulou sont de jeunes influenceurs en vogue sous les blases de Re-Reel Wififi et Loo-Look. Donald, qui enchaîne d’ordinaire, non sans mal, les petits boulots et les conflits avec son voisin, endosse cette fois la casquette inattendue de coach pour Picsou. Mais les vils Rapetou aussi se mettent à la page (web). Fini les infructueuses tentatives de casse de coffre fort, place aux cyberattaques.
Il y a plusieurs niveaux de lecture dans cet album, avec des références propres aux générations Z et Alpha, mais aussi pour les plus grands. Keramidas accentue la dimension comique avec son trait libéré des canons disneyens, comme il a déjà pu le faire à deux occasions pour la collection Glénat avec Mickey’s Craziest Adventures et Donald’s Happiest Adventures. Keramidas n’est par ailleurs pas étranger aux canons Disney, puisqu’il a notamment travaillé sur le court-métrage Mickey perd la tête en 1995 et le long-métrage Dingo et Max la même année.
Aussi, observe-t-on dans le décor un bien plus vaste bestiaire anthropomorphe que dans les histoires traditionnelles Disney, là où la plupart des auteurs se contentaient d’oiseaux et de chiens. Cet album serait-il… woke ? Allons donc. Ce sympathique bestiaire, en dépit d’un ou deux caméos discrets, se déploie au détriment de certains habitués de l’univers, étonnamment absents.
Pour autant, le récit reste fluide et assurément drôle. Les auteurs caricaturent avec une certaine justesse notre monde, qui peut paraître de plus en plus fou, ainsi que le choc intergénérationnel à travers Picsou et ses neveux. On peut y voir une sorte d’acceptation plus que tardive du changement, de la part du canard. Même si, au fond, l’histoire semble surtout prétexte à une succession de gags de situation et de jeux de mots plus ou moins croustillants.
Les auteurs se permettent pas mal d’audaces par rapport au canon disneyen, avec une certaine souplesse propre à la collection Glénat. C’est assez prenant.
Une petite surprise attend d’ailleurs les lecteurs derrière le bandeau de l’album !
L’histoire risque toutefois de laisser perplexes les plus irréductibles puristes. On peut oser un parallèle entre cet album et la série animée La Bande à Picsou de 2017 - reboot de celle de 1987 - notamment en ce qui concerne la modernisation de l’univers et le style graphique résolument décalé.
En tout cas, si Jul réitère l’expérience, comme il en a exprimé l’envie, on se demande bien quel terrain il explorera. En attendant, Picsou devrait déjà être de retour l’an prochain dans une aventure aux côtés de Mickey, sur fond de piraterie, par Dav. Et en 2027, c’est Fantomiald qui devrait revenir, une fois de plus porté par Batem et Nicolas Pothier. Belle perspective !
Par Rémi BARNAULT
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Picsou et les Bit-Coincoins - Par Jul et Keramidas - Ed. Glénat - 11,50 €
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