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17 décembre 2024
Personne ne l’avait vue venir. Dans la nuit du samedi 7 au dimanche 8 décembre, une coalition insurgée, dominée par les islamistes de Hayat Tahrir Al-Cham (HTC, Organisation de libération du Levant), ancienne filiale d’Al-Qaida en Syrie, faisait son entrée à Damas, la capitale.
Au petit matin, des tirs retentissaient dans les airs de la ville fêtant ainsi la chute d’une dictature établie par le « clan Assad » en 1971 sous la direction d’Hafez el-Assad, après un coup d’Etat, puis avec son fils Bachar el-Assad qui lui succède après sa mort en 2000, grâce à une modification de la constitution syrienne.
Les statues et portraits à la gloire du clan Assad ont été renversés ou déchirés partout dans le pays, tandis que des militants politiques, emprisonnés depuis des années - notamment dans la prison de Saidnaya décrite comme un « abattoir humain » par Amnesty International -, recouvraient la liberté.
Cette offensive éclair des islamistes de HTC ont germé au départ de la ville d’Idlib au nord-ouest du pays, le 27 novembre. Dix jours plus tard, ces derniers donnent le coup de grâce aux forces de Bachar Al-Assad qui quitte précipitamment le pays pour s’envoler – qui l’eut cru ? - vers la Russie avec qui il a nourri de multiples relations diplomatiques au cours de son règne.
Relations sanglantes entre deux Etats
Dans cet album, le grand reporter Jean-Claude Bartoll, à qui l’on doit la série d’espionnage-fiction Insiders et Au Nom de la République procède à un résumé extrêmement détaillé, clair, passionnant, rappelant les débuts morcelés d’un État sous protectorat français de 1920 à 1946, avant de lui accorder son indépendance conjointement au Liban.
Au cours de la lecture, on assiste, médusés, à la marche vers le pouvoir d’Hafez el-Assad, issu de la minorité religieuse alaouite - après une indépendance syrienne durement gagnée au prix de nombreuses victimes - et son arrivée dans les hautes sphères politiques, marquée par la création du parti Baas syrien, d’inspiration marxiste et panarabe. Ces éléments expliquent les liens étroits tissés avec le régime et Moscou. Bien qu’Hafez al-Assad ait parfois adopté une ligne plus pragmatique, comme lors de son soutien à la coalition internationale pendant la Première Guerre du Golfe, s’opposant ainsi directement au Baas irakien de Saddam Hussein, certains principes sont restés inébranlables. Parmi eux, sa lutte constante contre Israël et son ambition d’annexer le Liban, autrefois surnommée la « Suisse du Moyen-Orient », dans une « Grande Syrie ».
Terreur sur Paris
Les relations entre les deux puissances – syriennes et françaises – seront marquées pas des périodes de « terreur » au moyen d’actes terroristes réguliers dans les années 1980 : les attentats de la rue de Rosiers et du magasin Tati de la rue de Rennes ou le poste militaire français Drakkar à Beyrouth, les vagues d’attentats de la CSPPA (Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes et du Proche-Orient) au sein de la région parisienne… Tous répondent à la politique étrangère menée par la France dans la région.
L’album détaille les relations du régime avec les différents présidents français – une politique vis-à-vis de la Syrie souvent en rupture en fonction des mandats effectués par tel ou tel chef d’Etat - qui ont fluctué au cours des années suivant les événements. François Mitterrand tenta d’user d’une certaine realpolitik à l’égard de son homologue syrien. Même s’il réprouve les méthodes du dictateur, il respecte l’homme qui a des idées socialistes et panarabes qu’il rencontre sur certains points, d’où sa volonté de participier à un sommet pour faire avancer le processus de paix entre Palestiniens et Israéliens. En vain. Si Jacques Chirac s’était juré de mettre fin au règne du clan Assad après que celui-ci a fomenté l’assassinat du premier ministre libanais Rafic Hariri, qui était un ami proche, Nicolas Sarkozy tentera de se rabibocher avec Bachar al-Assad, alléché par des contrats qui ne seront pour la plupart pas honorés.
Culte de la personnalité
Outre les attentats perpétrés et les relations diplomatiques marquées par une ambiguïté politique à l’égard de la Syrie, cette BD rappelle la responsabilité du régime syrien dans les attentats terroristes qui ont ensanglanté l’Europe et le Liban durant des décennies, sans oublier les prises d’otages d’Occidentaux. Elle montre, de surcroît, comment a été instauré un culte de la personnalité dont l’esthétique rappelle celles des démocraties populaires soviétiques et qui a poussé à l’érection de nombreuses statues et des portraits du « Lion de Damas ».
Voici donc l’histoire, officielle et officieuse, de cinquante ans de coups tordus entre Paris et Damas, l’histoire de certaines affaires qui ont émaillé les rapports entre les Assad et leurs homologues de l’Elysée. Un passé à relire alors que s’envisage un avenir incertain.
Par Jessy LEMESLE
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