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Bon
12 septembre 2025
Un matin comme un autre à Nice, au début des années 2020 : lever d’un soleil qu’on imagine bientôt radieux, joggeurs sur la promenade des Anglais, ouverture d’un kiosque à journaux, tandis qu’un homme termine sa nuit passée sur un banc.
Les premières voitures passent, les rues se remplissent, les commerces ouvrent : derrière cette mise en route de la vie quotidienne et ces images bien connues se cachent des vies singulières, pièces d’un puzzle immense et complexe, comme celles de Candice et Mélissa. Mélissa est ce qu’on appelle une « travailleuse précaire », une situation plus ou moins subie selon les circonstances : les petits contrats de manutention s’enchaînent. Avec Press, sa compagne, elle vit dans un modeste appartement, compte ses sous, visite sa grand-mère au cimetière. Par le passé, elle a vécu dans une camionnette, sur un parking de supermarché. Son caractère bien trempé lui joue parfois des tours (et la mène à Pôle Emploi...), mais elle s’en accommode. Candice, elle, est mère-célibataire, vivant avec un salaire d’employée de crèche à 80% ; sa vie est rythmée par les loisirs de ses enfants (club de football, McDo) et par des questionnements plus personnels (son ex-conjoint, le modèle familial dont elle a hérité et qu’elle tente de ne pas reproduire).
Le quotidien de Mélissa et de Candice est banal : mais n’est-ce pas notre lot à tous ? C’est une plongée dans ces routines que propose Sylvain Bordesoules. Peu aguichante au premier abord, cette démarche descriptive nous emmène en réalité vers la crudité nue d’existences authentiques, restituées factuellement, sans misérabilisme ni jugement.
Cette lecture est proche d’une immersion sociologique qui restitue les logiques de fonctionnement de la vie quotidienne, avec ses contraintes, ses frustrations, ses désillusions. À ce titre, l’auteur prend à contrepied les représentations de Nice telles qu’on peut les voir sur les cartes postales : derrière de beaux décors, mis en valeur par un style proche de l’aquarelle (Bordesoules travaille avec des feutres à alcool), se cachent de profondes inégalités, et des vies où tout s’obtient à l’arrachée.
Sylvain Bordesoules parle de ses propres soeurs : un exercice délicat qui nécessite de trouver une distance raisonnable entre immersion et voyeurisme, entre empathie et misérabilisme, un peu à la manière de l’émission belge Strip-tease, qui mettait à nu ses protagonistes.
À l’arrivée, on ne les envie pas, mais on ne les plaint pas non plus : l’approche adoptée se veut compréhensive et révèle que, loin des clichés et des catégorisations toutes faites dans lesquelles on pourrait enfermer les frangines (chômeuse, mère-célibataire, gay, séparée...), chacune a ses raisons légitimes d’agir. C’est un album d’une grande délicatesse, qui réhabilite celles et ceux qui valent bien plus que ce dans quoi bien des discours politiques et médiatiques les enferment.
Par Damien BOONE
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