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Merveilleux - Par Cookie Kalkair - Ed. Steinkis

Par Damien BOONE Moyen 13 mai 2025 
Cookie Kalkair vit au Québec. En 2016, il doit précipitamment retourner en France : son père vient d'être hospitalisé après un AVC. Coutumier de la vulgarisation scientifique, l'auteur propose cette fois-ci un récit personnel sur la recomposition des liens au sein de sa famille.

Il arrive qu’un océan sépare un père de son fils. Pour Cookie Kalkair, pseudonyme de Charles Huteau, c’est le cas au propre comme au figuré : ils n’ont jamais été sentimentalement proches, se voient très peu, et cette distance a pris une dimension géographique, puisque l’un vit sur le continent américain avec son épouse et son fils, et l’autre sur le continent européen, du côté de Bordeaux. Cookie saute dans le premier avion dès qu’il apprend l’accident survenu à son père : celui-ci a été victime d’une importante hémorragie au cerveau. Opéré en urgence et après plusieurs heures de coma, il est désormais hors de danger, mais comme souvent en de telles circonstances, il lui restera des séquelles dont l’ampleur demeure incertaine. Dans un premier temps, ce qui saute aux yeux - plutôt aux oreilles - c’est que le père de Cookie a presque perdu l’usage de la parole. Parmi les quelques mots qu’il lui reste, il utilise souvent « merveilleux », alors même que l’homme n’était pas particulièrement affable.

Cookie Kalkair est ici bien loin de ses précédentes productions, telles que Pénis de Table, Les jeux vidéos et nos enfants, ou Les réseaux sociaux et nos ados. Le récit des conséquences de l’AVC de son père l’amène sur un terrain grave et intimiste : que faire face à son père, inconnu avant l’accident, inconnu après, mais pour d’autres raisons ? Comment le prendre en charge à distance ? Quelle place pour sa jeune demi-sœur, qu’il connaît peu, elle aussi ? Quel rôle pour sa mère, divorcée de son père, qu’elle ne voit plus depuis plus de 20 ans ?
Chronologiquement, l’auteur fait le récit des jours d’après. Sans tomber dans le pathos, tentant pour évoquer les tensions familiales que révèle l’AVC, Kalkair fait des difficultés de son père des sources d’humour : malentendus et maladresses sont autant d’occasions de dédramatiser la situation. De même, les couleurs claires de l’album suggèrent le début d’une autre histoire, à reconstruire.

Cela étant, l’album a sans doute les défauts de ses qualités : dans quelle mesure l’AVC d’un proche serait une opportunité pour resserrer des liens familiaux distendus ? Quant à l’auteur, son récit très personnel le pousse sans doute involontairement à se valoriser à l’excès. Il se décrit comme le premier artisan de la reconstruction familiale, ce qui est peut-être vrai, mais la construction du récit donne trop souvent l’impression de voir un fils, un frère, un mari, un beau-fils modèle. Ainsi, à côté d’une maladie abordée avec sincérité, mettant en lumière les efforts considérables qu’il déploie pour l’accompagner, cette focalisation sur son propre rôle tend parfois à éclipser la dimension collective des dynamiques familiales, ce qui peut donner une impression d’auto-valorisation.

Par Damien BOONE

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Code EAN : 9782368467558
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