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Lyon BD 2026 : rencontres, ambiance et bilan

Par Gaëlle BEDIS Lyne GEYNET 19 juin 2026 
Le Lyon BD a repris cette année des couleurs! Après trois éditions en demi-teinte qui ont permis de le faire perdurer à la suite des départs successifs en 2022 et 2023 de ses deux directeurs, la grand-messe BD de la capitale des Gaules semble s'être enfin stabilisée et avoir recouvré une partie de ses forces d'antan. Avec un retour en centre-ville confirmé pour la deuxième année consécutive, un public qui a répondu présent lors du week-end ensoleillé des 13 et 14 juin 2026, une programmation attractive, variée et à taille humaine propre à asseoir les nouvelles bases de l'évènement et une équipe soudée autour de sa nouvelle directrice Herminée Nurpetlian, le Lyon BD 2026 semble bien parti pour renouer avec le succès.

Les 20 ans du Lyon BD Festival en 2025 avaient déjà un peu donné le ton, avec un retour attendu dans le centre-ville de Lyon, déserté au profit du Collège Graphique depuis 2023, et une mobilisation de partenaires locaux (librairies locales, éditeurs indépendants, Transbordeur, FNAC...) un peu plus importante.

Un retour aux fondamentaux gagnants

Mais certaines fragilités se ressentaient encore fortement, notamment sur la question du modèle économique retenu sur fonds de baisse globale des subventions de la ville et sur la fréquentation du public après quelques années d’éloignement du cœur névralgique de Lyon.

Lyon BD 2026 : rencontres, ambiance et bilan
La foule dans les salons de l’Hôtel de ville de Lyon où se déroulaient les dédicaces et les achats d’albums auprès des librairies partenaires.
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Restait à savoir si la bascule se ferait du bon ou du mauvais côté de la balance. Et il semblerait que ce soit le premier qui ait remporté la partie, à voir la foule animée qui s’est pressée dans les différents lieux du festival pour son édition 2026 durant tout le week-end des 13 et 14 juin.

Que ce soit pour les rencontres, les dédicaces, les expositions, les projections cinéma et les concerts, le public a clairement répondu présent et a pu profiter d’une programmation soignée et variée, mais pas trop dispersée non plus.

L’objectif était clairement annoncé dès l’affiche : Herminée Nurpetlian, nouvelle directrice du Lyon BD, et Iris Munsch, directrice artistique, ciblaient en premier lieu la jeunesse et un public familial. La mise en place du premier Prix Lyon BD Jeunesse est allé dans ce sens et de nombreuses activités ludiques autour du dessin et de la bande dessinée étaient réservées aux enfants et adolescents, comme l’a rapporté notre collaboratrice Lyne Geynet.

Deux auteurs-phares de cette édition 2026 sont également emblématiques de ce choix assumé : Zep, le créateur de Titeuf, et Théo Grosjean, celui de Eliott au collège, partagent tous deux le même profil d’auteur s’adressant à un public large et familial, avec des albums alternant héros enfant ou adolescent récurrents et one-shots plus adultes.

Du monde encore dans la cour de l’Hôtel de ville

Des rencontres pour tous les publics et tous les goûts

De nombreuses rencontres étaient prévues sur les deux jours du festival, en parallèle des dédicaces, des ateliers et des projections ciné.

En plus de leur variété de thèmes, elles se sont également avérées être différentes dans leurs formats et dans les autrices et auteurs invités, permettant ainsi de satisfaire un maximum d’attentes venant du public.

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La FNAC Bellecour a accueilli quelques rencontres du Lyon BD 2026

De la masterclass de Guillaume Singelin, l’auteur de Shin Zero et de Frontier à la rencontre classique avec Florence Dupré-Latour, Fabien Velhmann ou encore l’invitée d’honneur Zeina Abirached, en passant par la balade dans les rues de Lyon avec Didier Tronchet, la présentation conférence de Guy Delisle sur Eadweard Muybridge ou l’enregistrement d’un épisode de podcast avec Théo Grosjean sur sa BD Le Petit Gendarme, il y en avait vraiment pour tous les goûts.

Les autrices et auteurs cités et toutes celles et ceux présents ce week-end représentaient aussi un panel assez large des courants dans la bande dessinée francophone et internationale. BD engagée, jeunesse, féministe, documentaire, polar, SF, Fantasy et bien d’autres encore se côtoyaient ainsi sur les étals des différentes librairies partenaires.

Seul bémol à souligner : la quasi absence du manga, pourtant très populaire auprès du public jeune ciblé et qui domine les ventes sur le marché de la BD en France. Stratégie délibérée de mettre l’accent sur un support moins aimé ou situation subie du fait d’un manque de partenariats sur ce segment particulier ? Difficile de répondre mais cela reste toutefois une piste à explorer pour les années futures.

Zep tourne la page... mais pas trop non plus !

Cela n’a pas empêché un public familial et multigénérationel de venir écouter Zep parler de son dernier album Tourner la page et un peu de Titeuf !

Zep à l’Opéra Underground de Lyon

Toujours aussi populaire, l’artiste suisse, qu’ActuaBD avait récemment rencontré a décrit son processus créatif, son goût pour l’alternance des projets, la différence d’approche artistique entre les albums de son héros à la mèche jaune et ses one-shots plus adultes ou encore son respect pour le travail éditorial qu’il considère comme une collaboration essentielle pour se remettre régulièrement en question et comprendre qu’un sujet peut ne pas être assez mûr pour son époque, même s’il lui tient à cœur.

Le public, nombreux dans la salle sombre de l’Opéra Underground le samedi matin, était très actif et intéressé. Des conseils à donner à de jeunes illustrateurs se lançant dans le métier à l’avenir de Titeuf en passant par sa représentation normative des corps dans Happy Sex, le panel de questions posées reflétaient parfaitement tous les âges du public qui suit l’artiste depuis 30 ans.

Ses dédicaces ont réuni autant de fans adultes que d’enfants venant faire dédicacer des tomes de Titeuf en même temps qu’Une Histoire d’homme ou Tourner la page.

Zep était l’un des invités phares de l’édition 2026, avec une exposition autour de son dernier album "Tourner la page" et une conférence à l’Opéra de Lyon.
Photo : Gaëlle Bédis - 13/06/2026

Théo et son petit gendarme

La rencontre avec Théo Grosjean a été l’occasion d’enregistrer un épisode du podcast de Paul Satis, animateur de la rencontre

La journée s’est poursuivie avec l’enregistrement d’un podcast autour du Petit Gendarme de Théo Grosjean, dernière BD de l’artiste qui est le premier auteur à avoir signé aux éditions de Riad Sattouf, Les Livres du Futur.

Avec la même facilité que Zep, Théo Grosjean passe facilement du one shot adulte à la série ado mais il a clairement indiqué sa préférence pour le principe de la série, Le Petit Gendarme étant prévu en 3 tomes et Eliott au collège s’étant « terminé » avec la sortie du volume 4 à peine quelques jours plus tôt, le 5 juin 2026.

L’emploi des guillemets n’est pas anodin, l’auteur ayant en effet annoncé que les aventures d’Eliott se poursuivraient au lycée, mais peut-être plus sous le format auquel il pensait à l’origine...

De son expérience assez éprouvante en animation avec l’adaptation de sa série L’homme le plus flippé du monde à son incursion récente dans l’univers des tout-petits avec Les Minimachins, série de quatre BD qu’il a cocréées avec sa compagne Mallo, en passant par sa complicité avec Riad Sattouf, son statut de premier auteur extérieur des Livres du futur et son attrait pour l’autobiographie et la petite enfance, Théo Grosjean a confirmé tout l’intérêt qu’il y avait à réaliser un nouvel épisode de podcast sur son parcours, quatre ans après celui déjà enregistré par Paul Satis.

La rencontre s’est terminée par une séance de dédicace à la FNAC où là-aussi, petits et grands sont venus à sa rencontre.

Le galop d’essai de Guy Delisle avec Muybridge

Habitué aux conférences à l’étranger, Guy Delisle a proposé au Lyon BD de modifier le format de sa rencontre. Plutôt qu’en faire une conférence dessinée, il a proposé de tester le principe de la présentation conférence, un peu comme les TED X américaines. Et ça a marché !

Photos à l’appui, l’auteur des Chroniques de Jérusalem a pu expliquer au public amassé dans l’auditorium Faucillon du Musée des Beaux Arts de Lyon la vie mouvementée et rocambolesque du personnage d’Edweard Muybridge et en quoi il a révolutionné le monde de l’art.

Guy Delisle au Musée des Beaux Arts de Lyon
La version américaine de la BD s’appelle simplement Muybridge, du nom du photographe sujet de l’album.
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La séance d’une demie-heure environ a été suivie par une salve de questions de la part du public, encore une fois très investi et fasciné par le travail de l’artiste et de son modèle, et par une petite séance de dédicace dans la librairie du musée.

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Conclusion : le retour du phénix Lyon BD ?

Sans être revenu à sa dimension du temps de Mathieu Diez (mais est-ce bien raisonnable d’y songer par les temps qui courent ?), il est indéniable que le Lyon BD a enfin repris du poil de la bête. En réinvestissant les lieux névralgiques du centre-ville de Lyon, et notamment l’Hôtel de Ville, il s’est redonné les moyens d’attirer à nouveau un public varié, qu’il soit simplement curieux ou déjà passionné de BD.

L’organisation des espaces au sein de l’Hôtel de ville a également été repensée et fluidifiée, avec une seule zone d’achat à l’étage pour les librairies partenaires et un espace réservé aux dédicaces pour les artistes, en plus des stands des éditeurs présents pour l’occasion, où achats et dédicaces étaient également possibles.

Alex W. Inker (à gauche) et Ellen Usdin (à droite) en pleine dédicace sur le stand de Sarbacane au Lyon BD
Photo : Gaëlle Bédis - 13/06/2026

L’arrivée de la nouvelle directrice Herminée Nurpetlian a indubitablement soulagé Iris Munsch, la directrice artistique, qui a enfin pu se consacrer à 100% à sa fonction première en proposant une programmation solide axée sur la jeunesse et un bon équilibre entre têtes d’affiche connues et artistes montants ou plus confidentiels.

Quelques bémols et regrets cependant :

– ne pas pouvoir profiter plus longtemps des magnifiques expositions de l’Hôtel de Ville, déjà démontées à l’heure où l’on écrit ces lignes ;

– le lieu quelque peu insolite choisi (ou pas ?) pour l’exposition Il fallait un peu de rêve de Zeina Abirached qui est visible au parking LPA du Quai Saint Antoine jusqu’au 31 juillet 2026 ;

– la quasi absence du manga dans les propositions d’achats et d’ateliers à destination du public jeunesse, pourtant très friand de ce support ;

– le festival en lui-même est gratuit mais les activités musicales et cinéma ne le sont pas, ce qui peut refroidir les ardeurs d’une partie du public.

Toutefois, la question financière, la recherche de partenaires pérennes et de subventions restent les objectifs prioritaires de la directrice et de son équipe qui devront ménager la chèvre et le chou avec la nouvelle configuration politique lyonnaise.

Les actions et choix du maire écologiste de Lyon Grégory Doucet peuvent en effet être contrés par la présidente de droite de la Métropole du Grand Lyon, Véronique Sarselli, le tout sur fonds de baisses des budgets, de conflits internationaux et d’élections présidentielles à venir en 2027.

On espère donc que cette année 2026 permettra au Lyon BD de définitivement tourner la page des années sombres et qu’il continuera de reprendre des forces, petit à petit, jusqu’à trouver son point d’équilibre entre hommage au passé, programmation novatrice et modèle économique stabilisé.

Lauréate du Prix Lyon BD 2026 :

Laurie Agusti avec Rouge Signal

Lauréate du Prix Jeunesse Lyon BD 2026 :

Véro Cazot avec Mi-Mouche

Laurie Agusti remporte le Prix Lyon BD 2026 avec Rouge Signal.
Photo : Gaëlle Bédis - 14/06/2026

Par Gaëlle BEDIS Lyne GEYNET

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Code EAN : 9782487849075
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