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Le Souffle du diable, ou comment un volcan fit vaciller l’esprit humain à l’aube de la révolution française

Par Rémi BARNAULT Bon 23 septembre 2025 
Avec Le Souffle du diable, l’auteur belge Ken Broeders braque les projecteurs sur l’une des plus grandes tragédies européennes, pourtant largement méconnue aujourd’hui. Le tout dans une ambiance fantastique, où l’histoire se teinte des croyances et des peurs de l’époque.

Dans une campagne française reculée se situe une auberge où des parisiens huppés font parfois escale, au grand bonheur de la gérante. Ils profitent du pâturage vert éclatant, de l’air pur et, surtout, du calme. Ce qui ne va pas durer.
Quelque 2000 kilomètres plus loin, à l’aube de cet été, se produit le genre d’événement qui marque une vie. C’est ainsi qu’en Islande, le 8 juin 1783, le volcan Laki entre en éruption. Un réveil d’une force dévastatrice secouant le pays jusqu’à le déchirer littéralement sur une longueur de 27 kilomètres, laissant s’échapper 14 kilomètres cube de lave, selon les estimations.

Le Souffle du diable, ou comment un volcan fit vaciller l'esprit humain à l'aube de la révolution française
© Anspach.

Des villages entiers furent ravagés, et les entrailles de la Terre n’avaient pas livré leur dernier mot : une immense quantité de dioxyde de soufre s’en échappa, donnant naissance à un nuage toxique d’une densité oppressante. Et comme les nuages voyagent, les conséquences dépassèrent vite les frontières de la contrée insulaire d’Islande, parfois surnommée terre de feu et de glace. L’Europe fut ainsi le théâtre principal de cet événement tragique, faisant dans les 160.000 morts directes et indirectes, même si les estimations restent complexes. L’éruption, qui combina l’activité du système fissural du Laki et celle du volcan sous-glaciaire Grímsvötn, se prolongea jusqu’en 1785. Pour l’humanité, les répercussions vont bien au-delà des dommages physiques.

C’est ainsi que dans ce cadre sordide débute le récit Le souffle du diable. On suit en France Madeleine, une tenancière d’auberge au fort caractère, et Benjamin, son demi-frère cadet, distrait et un brin rêveur, dont elle s’occupe un peu malgré elle avec l’aide de son compagnon Jean. Tout n’est pas rose au sein de ladite entreprise, les relations sont tendues et l’arrivée de cette brume empoisonnée vient envenimer la situation. Il faut comprendre : Les précieuses récoltes se gâtent, le bétail succombe, la famine s’installe, rongeant l’estomac, mais aussi l’esprit.

Ceux qui n’ont pas encore pris la poudre d’escampette commencent à prêter à cette situation une dimension spirituelle. La brume serait le souffle du diable lui-même, remonté des entrailles de la terre depuis les plus sombres profondeurs du royaume du malin. En clair, ce serait les prémices d’une apocalypse. Le jeune Benjamin aperçoit plus ou moins distinctement des visions fantomatiques et démoniaques au travers de l’épais brouillard. Mais bientôt, d’autres événements perturbants risquent de faire basculer même les âmes les plus terres à terres.

© Anspach.

On pourrait penser qu’exploiter un événement historique si tragique pour en faire un récit aux accents fantastique, limite horrifique, relève d’un opportunisme déplacé. Mais il s’agit en réalité d’une véritable immersion dans les croyances populaires et le fanatisme religieux de l’époque. Et il faut dire que c’est plutôt bien mené. L’oppression s’accroît peu à peu, jusqu’à créer un huis clos étouffant sur fond de tensions familiales. L’histoire témoigne justement de la capacité de la nature à reprendre ses droits sur les "pauvres pécheurs" que sont les humains.
L’action est régulièrement coupée pour faire un bon temporel de plusieurs heures, parfois plusieurs jours. Quant au duo électrochoc formé par Madeleine et Benjamin, il devient peu à peu touchant, gagnant en profondeur au fil du récit.

 Le one-shot pourrait donner l’impression de laisser certains aspects en surface, comme si l’histoire pouvait encore se déployer davantage sur cette vaste période, qui suscite une réelle envie d’en savoir plus. Le petit dossier final est d’autant plus précieux pour compléter le contexte. Cette catastrophe naturelle, combinée à d’autres événements, aurait influencé, à sa manière, le cours des événements menant à la Révolution française. Peut-être une piste pour un futur album  ? 

© Anspach.

Le souffle du diable reste un récit poignant, une bonne idée, portée par un coup de crayon d’une expressivité convaincante, de contraste d’ambiances et de très belles couleurs. On est embarqué dans l’album dès la couverture. Un univers quelque part entre Edgar Allan Poe et H.P Lovecraft.
Après la saga Apostat, Ken Broeders, passionné d’histoire, continue sa lancée d’exploration et de mise en lumière de pans peu traités du passé. Il en faut !

Par Rémi BARNAULT

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Code EAN : 9782931105467

Le souffle du diable est en vente aux éditions Anspach pour 16,95 €.

Anspach ✏️ Ken Broeders à partir de 13 ans Fantastique Histoire France
 
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