Bof
22 septembre 2025
Au centre de la fresque, Danila Kuraguine, « liquidateur » solitaire à l’échine raide, arpente les marges de l’existence.
Son boulot ? Flinguer les augmentés, au nom du Parti ou par nécessité ; survivre pour ses frères et sœurs, et pour Stasia, ballerine au destin contrarié, qui se vend dans la nuit pour une poignée de roubles.
Ce héros sans étendard, armé d’une antique PPSH-41 rafistolée au super acier, court après un impossible avenir, risquant sa peau pour donner une famille à la femme qu’il aime.
Voilà un titre qui ne m’a pas séduit, ni touché, ni stimulé.
Le manga vise clairement le public des grands adolescents mâles, friands de baston, de cybernétique brute et de codes russes massifs, ce qui laisse sur le bas-côté ceux qui attendent d’un Seinen de combats autre chose qu’une ligne droite et des gros muscles.
L’intrigue m’a laissé de marbre : on avance d’un point A à un point B, sans détour ni profondeur, subtile comme une colonne blindée dans la Steppe. Les personnages filent sur leur trajectoire sans jamais prendre le risque de se dévoiler vraiment ; on survole les existences, on effleure les adversaires, mais l’auteur s’échine à ne jamais creuser le vivant derrière le fer.
Les armures carrées, lourdes, écrasantes, collent parfaitement au folklore russe et à son imaginaire militaro-industriel — c’est une réussite en matière de cohérence culturelle. Mais elles ne m’ont rien fait ressentir, ni vibrer, ni fantasmer : mon cœur va aux carapaces pensées telles dans le manga « Gunnm » : fuselées, aériennes, pleines de fêlures et de poésie.
On retrouve ici les mêmes écueils que dans Goblin Slayer, l’autre grosse machine du scénariste : la narration, linéaire et fonctionnelle, manque cruellement d’envolées.
Les personnages n’évoluent pas, les enjeux restent stériles, et l’action se coule dans un moule trop calibré pour que la série s’élève vers autre chose qu’un divertissement rapide, efficace, mais convenu.
Cela dit, la recette a tout pour séduire son cœur de cible : l’adolescent demandeur de testostérone et d’ambiance cyberpunk.
Ce Moscow 2160, c’est un Burger servi dans une cantine soviétique : robuste, visuel, direct… mais pour moi, lecteur exigeant de seinen combattif, c’est un refus poli et assumé.
« À chacun sa dystopie. Celle-ci me laisse dehors, sans regret, mais le public visé sera ravi de trouver son futur dans les artères sombres & glacées de la Moscou de 2160. »
Par Milan MORALES
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