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Le Noël monstrueux d’Emil Ferris

Par Didier PASAMONIK Favori de la rédaction 21 décembre 2024 
Voici une dessinatrice venue de nulle part, c’est-à-dire des USA dirait Alfred Jarry, inconnue, grabataire après un accident, dont la rééducation passe par le dessin et qui produit un livre… monstre qui devient un succès international inattendu, coiffant au poteau les meilleures BD internationales en recevant le Fauve d’or d’Angoulême en 2019. Sept ans plus tard, voilà Emil Ferris de retour avec un deuxième chef d’œuvre. Vous savez quoi ? C’est Noël pour tous les amateurs de monstres !
Le Noël monstrueux d'Emil Ferris
Le premier volume avait été Fauve d’or en 2019

Comment résumer un tel livre ? Par une conviction : c’est que nous sommes tous, à un degré plus ou moins avancé, monstrueux. Oh, pas forcément physiquement, mais dans la tête. Et cette monstruosité est magnifique. Elle s’organise autour des choses de la vie, d’un coca-cola interdit par les parents, d’une dispute avec sa mère qui se termine par un câlin, d’une complicité avec son frère marginal, d’une observation à propos d’un voisin, d’un ami brillant intellectuel et activiste politique… Tous monstrueux, magnifiquement monstrueux.

À commencer par Karen Reyes, la narratrice, sympathique et touchante lycanthrope, qui enquête sur le meurtre de sa voisine, une rescapée de la Shoah dont elle a recueilli des bribes de témoignage, par fascination pour l’horreur sans doute, lequel recèle peut-être l’indice qui permettrait de confondre son meurtrier. Car l’amie de Karen a été assassinée.

Nous sommes à la fois dans une sorte de journal intime, dans une enquête loin d’être policière, dans la chronique d’une famille de Chicago vraiment marginale, peut-être criminelle, avec des personnages hauts en couleurs, beaux mais monstrueux, qui plus est épris d’art, et un rêve éveillé où tout est fantasme, désir, cauchemar… Amour !

Le dessin est au cœur du récit, foisonnant, brillantissime, jouant des couleurs et des formes, du réalisme et du schématisme, au stylo-bille, sur un papier ligné. Il y a là un art du portrait, une réflexion sur la beauté d’une puissance inouïe, une travail fabuleux d’écriture : nous avons ici la définition ultime de ce que l’on désigne, parfois abusivement, du vocable de « roman graphique ».

Il faut souligner l’incroyable performance éditoriale qui est derrière cet ouvrage publié par un petit éditeur alternatif, les éditions Toussaint-Louverture. L’impression, le façonnage, le travail graphique est tout simplement exceptionnel.

Le mot chef d’œuvre vient naturellement. Un chef d’œuvre de notre temps. Un cadeau qu’Emil Ferris nous apporte en opportune saison. Vous cherchiez une idée de présent ? La voici. Ce présent là, c’est le futur de la bande dessinée. Personne ne sera déçu.

Emil Ferris.
Portrait : Vulture © Fantagraphics
Le coffret des deux volumes, un cadeau somptueux

Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : 9782381961491

Moi ce que j’aime, c’est les monstres T. 1 & T. 2 - Par Emil Ferris - Editions Toussaint Louverture

En médaillon : Emil Ferris par Whitten Sabbatini

Toussaint Louverture ✏️ Emil Ferris Autofiction Etats-Unis Chicago 🏆 Fauve d’or d’Angoulême
 
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