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Très bon
11 août 2026
Un an après le décès du père, la fracture familiale est devenue béante. Émilie, institutrice tentant de maintenir la barre, et son frère Aliocha, rongé par une colère muette et des fréquentations douteuses, ne se comprennent plus. Lors d’une nuit d’errance marquée par des excès et des silences étouffants, ils échangent quelques mots trop étroits pour leur peine. Au petit matin, Aliocha s’est évaporé dans la nature.
Emilie se lance alors à la recherche de son frère volant. Mais derrière la trame classique du polar ou du récit d’enquête, Léopold Prudon esquive habilement les attentes. La recherche matérielle laisse très vite place à une déambulation psycho-urbaine. Traverser la ville à la recherche d’Aliocha, c’est pour Émilie naviguer dans la géographie mentale d’un deuil collectif, où la culpabilité et le manque contaminent chaque coin de rue. La frontière entre le réel et le surréalisme s’efface peu à peu au fil des rencontres et des souvenirs qui refont surface.
Visuellement, l’album impressionne par sa maîtrise. Revendiquant des influences à la croisée du roman graphique américain, du manga et de la bande dessinée européenne, le dessin épuré de Prudon joue magnifiquement des vides et des silences. Son trait fin et hypnotique donne corps à une atmosphère poisseuse et pesante, presque hallucinatoire, où la métropole devient un personnage à part entière.
Sans jamais céder aux pièges du larmoyant, Aliocha disparu s’impose comme un grand livre sur les absences qui nous obsèdent et sur l’impossible recomposition du passé. Un récit poignant et singulier qui confirme le talent rare de son auteur.
Par Quentin GUILLIER
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Aliocha disparu - Par Léopold Prudon - Ed. Monsieur Toussaint Louverture