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Bon
29 avril 2026
Cumulant les malheurs — licenciement pour erreur ayant fauché des camarades, syndrome post-traumatique, maladie terminale, abandon conjugal... —, Alan poursuit seul ses recherches sur le spectre électromagnétique, sombrant en crise dans des visions où son cerveau le trahit, mêlant réel et mirages. Sa rencontre inespérée avec une femme, double parfait de son ex, dotée de pouvoirs curatifs, tisse des liens étranges : débarquant quasiment le lendemain de sa rupture, elle s’approprie de plus d’un élément de son destin, promettant la guérison et semant le doute sur son origine : elle affirme n’être « pas de ce monde »...
Un soldat brisé
Le récit est cohérent, bien charpenté et suit une logique descente aux enfers d’un héros attachant — on souscrit à son mal-être, on en scrute l’issue —, invitant la réflexion sur un patchwork conséquent : le traumatisme violent, la rupture amoureuse, la maladie mentale, les relations ambigües avec la croyance, au-delà des explications technico-scientifiques parfois tirées par les cheveux, une œuvre virant au fantastique. Des thèmes, donc, poignants — le cerveau du héros oscillant entre représentations et vérité — étayées en une love story surnaturelle à l’introspection percutante.
Mais la démarche, bien pensée, manque d’une émotion profonde, tournée, le voudrait-on, vers la psychologie du protagoniste hanté par ses démons - une échaffourée en Afghanistan ayant coupé le fil d’un destin tracé. La femme parfaite au chant si merveilleux apparaît comme une projection mentale de sa tendre dulcinée.
Mayko et Cannucciari : Trajectoires vers un fantastique introspectif
Mayko, plume de Balade au bout du monde (1981), de Grimion Gant de cuir, passé scénariste pur depuis 2000 (Exauce-nous, Tout sauf l’amour avec Bihel ; Obie Koul avec Alessia Buffolo), tisse ici un joli fil narratif plein d’espoir en dépit de quelques superficialités. Quant à Bruno Cannucciari, Prix du meilleur album italien lors du festival Romics (Rome) en 2018, il gratifie ses planches d’un graphisme épuré, doux, et presque sensuel. Le Chant de la femme parfaite séduit par sa cohérence fantastique mais frustre par son manque de sel émotionnel. Une complainte amoureuse étrange, plus éthérée que poignante.
Par Jessy LEMESLE
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Le chant de la femme parfaite, Mayko et Bruno Cannucciari, Editions Delcourt, 22,50 €
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