Peu d’œuvres contemporaines parviennent à condenser le charme de l’initiation adolescente et la poésie du quotidien comme « Kiki la petite sorcière », chef-d’œuvre incontesté de Hayao Miyazaki, porté à l’écran par le studio Ghibli en 1989.
Ce 3 septembre, les éditions Glénat s’approprient un peu de cette magie en publiant une trilogie éditoriale -l’anime comics, l’album du film et l’artbook-, autant de prismes pour redécouvrir la grâce de cette œuvre emblématique.
Un contexte d’actualités autour du studio Ghibli et de Miyazaki
2025 ne correspond pas à un anniversaire “rond” pour le film (sorti en 1989) ni pour le roman original (paru en 1985), mais marque une année d’intense actualité autour du studio Ghibli, avec notamment la poursuite des projets muséographiques et la célébration de la carrière de Miyazaki, qui a fêté ses 84 ans en janvier 2025.
L’année est aussi marquée par la sortie mondiale et le succès du film « Le garçon et le héron », ainsi que par l’ouverture totale du parc Ghibli au Japon, replaçant l’ensemble du catalogue du studio sous les feux de l’actualité mondiale.
L’héritage de Kiki : entre tradition et modernité
En 1989, Miyazaki propose à travers Kiki, héroïne frêle à la détermination inébranlable, une odyssée de l’émancipation où la sorcellerie s’entremêle à la vie ordinaire. À treize ans, Kiki quitte le foyer maternel et, en déployant son courage comme une voile, part s’installer dans une ville portuaire inconnue. Sa quête, traversée par l’amitié, le doute et la découverte de ses propres limites, résonne avec universalité. Loin des pouvoirs spectaculaires, c’est la générosité, la solitude apprivoisée et la ténacité qui donnent au récit son éclat singulier.
Trois ouvrages, trois perspectives éditoriales
Glénat Manga propose une approche plurielle, offrant au lecteur la possibilité de pénétrer l’univers de Kiki par trois portes complémentaires mais pouvant être ouvertes à des publics différents.
L’Anime Comics, tout d’abord : l’expérience cinématographique dans une novellisation de qualité. Si sa pagination peut impressionner (576 pages), elle s’adresse à un public connaissant l’œuvre, adolescent ou adulte. Il est fidèle à la tradition japonaise du format et recompose le film image par image (ou presque).
Chaque plan y restitue la lumière dorée de Ghibli, l’expressivité des personnages, la poésie graphique de Miyazaki, rendant hommage à la mise en scène initiale.
Loin d’être une simple novellisation illustrée, il s’agit d’une œuvre autonome où la dynamique du découpage, l’alternance entre souffle silencieux et instantanés de mouvement, restituent l’intensité émotionnelle du film, tout en laissant le lecteur libre de s’arrêter sur un regard ou un paysage figé, d’en savourer les détails suspendus.
L’album illustré, se destine lui à la jeunesse -et à tous ceux qui gardent cette part d’enfance en eux- et condense le récit en des séquences choisies, épousant la tendresse du dessin. Plus linéaire, plus accessible, il s’adresse à l’enfant qui découvre, à l’adulte qui raconte, et transmet les valeurs fondatrices de Kiki : celle du courage modeste, de l’acceptation de l’autre et de l’invention de soi loin du foyer.
Ces pages, délicates et évocatrices, constituent un passage vers l’univers Ghibli, une initiation à l’art de la narration illustrée. Le livre parfait donc pour le moment-lecture du soir où le parent accompagne son enfant vers les rêves et les songes.
L’ArtBook : la fabrique du merveilleux
Enfin, le point d’orgue de cette offre éditoriale, cet ArtBook dévoile les coulisses du chef-d’œuvre : croquis préparatoires, recherches de décors, secrets de fabrication, entretiens avec Miyazaki et ses principaux collaborateurs. Jamais publié à ce jour en français, ce volume rare permet d’apprécier la dimension artisanale et collective de la création du film, de sonder les enjeux esthétiques et narratifs, de mesurer l’impact sur l’animation contemporaine. À la fois objet d’étude et de collection, il s’impose véritablement pour les adultes passionnés d’art et les chercheurs d’enfance retrouvée.
Trois regards, une même magie
Ainsi, chaque livre propose une plongée singulière dans l’univers de Kiki : restitution fidèle, transmission sensible ou décryptage savant. Chacune de ces éditions éclaire, selon son angle, la figure de cette incroyable petite sorcière, héroïne de la modernité discrète, dont la force réside non dans l’extraordinaire, mais dans l’apprentissage du quotidien et l’invention d’un destin personnel.
Glénat et l’art de la patrimonialisation
En offrant ce triptyque éditorial, Glénat réaffirme son rôle de passeur entre cultures, générations et formes artistiques. C’est aussi un hommage vibrant à la permanence du studio Ghibli, à l’importance de préserver et valoriser des œuvres qui réenchantent notre monde. Que l’on découvre Kiki à travers l’album, que l’on redécouvre ses aventures dans l’anime comics, ou que l’on explore sa genèse avec l’artbook, le charme opère, intact, inaltéré.
La magie, parfois, se trouve dans la main de ceux qui tournent les pages. La promesse de ces ouvrages : rendre à chacun le pouvoir de s’envoler et de rêver, un temps ou une nuit.
Par Milan MORALES
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