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Excellent
27 juillet 2026
Tout le monde aime Emmanuel et ses boucles blondes. Qu’il est mignon ! Qu’il est intelligent ! L’enfant n’est pas peu fier. Si la perfection avait un nom, ce serait le sien. Il amadoue les grandes personnes avec ses airs angéliques mais il est loin d’être un petit ange.
Emmanuel a une sainte horreur des vieux : ils sont laids, fripés et surtout, ils n’ont plus de cheveux ! Sa mère lui fait visiter un jour une abbaye, la vision des moines tonsurés marque fortement le jeune garçon. Il en développe une obsession capillaire. La simple vue d’un œuf à la coque lui donne un haut-le-cœur : on dirait un crâne chauve. Les mercredis après-midi, il regarde en boucle une adaptation animée du thème biblique de Samson et Dalila. Il touche ses cheveux. Il se promet de ne jamais les perdre. Il est trop beau et trop intelligent pour cela.
Le petit Emmanuel grandit. Il choisit sciemment des études et une carrière professionnelle dans des domaines quasi exclusivement féminins. Il aime être le chouchou de ces dames. Son job de graphiste dans un magazine de mode lui permet de mater le corps des plus jolies filles en toute impunité. Il peut même retoucher leur poitrine.
Un stagiaire débarque dans la boîte. Emmanuel n’est plus le seul homme à bord. Les combats de coqs sont les plus terribles. Connaissez-vous Crâneur contre crâneur ? D’ailleurs, Emmanuel ferait bien de surveiller son crâne, car le stagiaire trouve rapidement la faille pour éliminer son concurrent : cette tache claire à l’arrière de la tête d’Emmanuel... Ce ne serait quand même pas...? Un début de calvitie...?
Emmanuelle était le fantasme féminin des hommes des années 1970, voici son antithèse masculine. Égoïste, bête, pitoyable... Vous allez adorer Emmanuel, cet anti-héros terriblement attachant et bientôt chauve... ou pas ? Car l’histoire n’a pas dit son dernier mot : Emmanuel appartient en effet à une race terrible, celle des battants !
Dans son style ineffable, l’autrice de Cruelle continue de dresser un univers tout en rondeur irrésistiblement caustique. Sous ses dessins qui rappellent le graphisme de Quino, l’auteur de Mafalda, Florence Dupré la Tour nous offre un album plus profond qu’il n’y paraît. On y parle du rapport à soi dans une époque obnubilée par les apparences, mais aussi du consumérisme effréné, comme une réponse boulimique au nihilisme, nourri à coups de promesses édulcorées de publicitaires et de charlatans contemporains.
L’album possède également une sous-lecture féministe, drôle et juste, comme cette séquence où Emmanuel est dégoûté par les poils de sa partenaire alors même qu’il a les jambes tout aussi poilues qu’elle.
Calvitie appelle enfin à dédramatiser la pathologie éponyme, qui, rappelons-le, touche un homme sur quatre. Chevelu ou non, rions de nos poils !
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Calvitie - Par Florence Dupré la Tour - Ed. Glénat
En librairie le 02/09/2026