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Pas mal
3 septembre 2026
Depuis le premier tome, "Crows" de Hiroshi Takahashi livre une plongée sans concession dans l’univers du lycée Suzuran, haut lieu de la délinquance masculine japonaise.
L’alliance Kurotaki, formée autour de Bôya Harumichi et consolidée par l’arrivée progressive de combattants charismatiques comme Bouledogue, poursuit son ascension. Le tome débute avec Bouledogue assumant pleinement son rôle de chef au sein de cette alliance.
Cependant, cette montée en puissance provoque une réaction en chaîne : les lycées Tsukamoto et Nanamori, conscients de la menace que représente la coalition Kurotaki, décident de fusionner pour former une nouvelle alliance contre-révolutionnaire.
Ce qui s’amorce alors est une série de confrontations d’envergure régionale. Les alliances rivales ne visent plus à dominer seulement Suzuran, mais à établir leur suprématie sur l’ensemble du territoire. Bôya et ses compagnons se retrouvent projetés dans des bagarres d’une ampleur sans précédent, où les combattants se chiffrent en dizaines.
Parallèlement, cet opus explore la dynamique entre Bôya et Lindaman, ce personnage énigmatique de terminale dont l’aura guerrière fait trembler la région entière. Leurs échanges, mélange de respect et de provocations bon enfant, ajoutent une profondeur psychologique à ces affrontements musclés. Enfin, le volume nous offre des scènes de détente où les "corbeaux" se révèlent être des camarades ordinaires, capables de rire et de fraterniser.
Ce septième tome confirme la maîtrise narrative de Takahashi dans la gestion de l’escalade dramatique. La consolidation de l’alliance Kurotaki n’est pas présentée comme une victoire définitive, mais comme un catalyseur qui attire des adversaires de calibre supérieur. Cette logique d’action-réaction donne au récit une crédibilité sociologique : plus une faction gagne en pouvoir, plus elle s’expose à la jalousie et à l’opposition de coalitions.
Bouledogue se révèle peu à peu être un leader fascinant.
Contrairement à Bôya, dont la domination s’exerce par l’exemple et l’insouciance naturelle, Bouledogue doit gagner le respect par des actes de volonté délibérée. Son évolution, du statut de rival à celui d’allié loyal, constitue l’un des arcs émotionnels majeur du tome. Cette camaraderie masculine crée souvent un contraste comique bienvenu face aux hécatombes graphiques des pages d’action.
La dynamique Bôya-Lindaman est développée avec subtilité. Lindaman n’est jamais présenté comme un antagoniste ordinaire : il demeure une force de la nature, mais est également un personnage attachant qui partage le même code de l’honneur que Bôya.
Le manga ne verse donc pas dans un manichéisme facile où le héros affronterait un pur méchant.
Graphiquement, Takahashi garde un style nerveux et expressif, particulièrement vibrant lors des affrontements collectifs durant lesquels les compositions épousent le chaos des combats de rue.
Il lui reste néanmoins un travers, qu’il reproduit de tome en tome : après six volumes à suivre un schéma quasi identique (une nouvelle menace surgit, Bôya la relève et l’emporte), ce tome 7 ne s’éloigne pas fondamentalement de ce pattern. Les bagarres, bien qu’épiques, suivent une mécanique prévisible : introduction d’un rival, confrontation, victoire (souvent d’une certitude écrasante).
Cette répétitivité dans la progression narrative induit donc un résultat assez linéaire. On aurait apprécié davantage de surprises tactiques ou stratégiques ; les combats restent avant tout des démonstrations de puissance brute plutôt que des jeux d’intelligence. Cette limitation n’invalide pas l’œuvre (elle en est plutôt la signature) mais elle peut lasser les lecteurs en quête d’une narration plus complexe.
Ce septième tome est à voir comme un volume de consolidation qui permet au mangaka d’étendre son univers au-delà des murs d’une seule école. L’introduction de rivalités régionales ouvre de nouvelles perspectives dramatiques, tandis que la montée en puissance de Bouledogue et l’approfondissement de la relation Bôya-Lindaman ajoutent des enjeux humains aux carnages graphiques.
Pour les amateurs du genre (manga de bastons, shonen délinquant), Crows demeure une œuvre singulière au sein du panorama shônen, refusant l’introspection psychologique poussée pour privilégier l’adrénaline, la loyauté virile et l’authenticité crue de la violence urbaine.
Par Milan MORALES
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Vous pouvez retrouver ici nos précédentes chroniques :
– les tomes 1 & 2
– le tome 3
– le tome 4
– le tome 6