Anaïs Nin et « L’été du vertige » : la BD triomphe aux Espiègles 2024

Par Christian MISSIA Dio 28 novembre 2024 
Organisée le 25 novembre 2024 à l'Opéra Royal de Wallonie-Liège, la cérémonie des Espiègles a célébré le centenaire des prix littéraires de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Parmi les disciplines mises à l'honneur, la bande dessinée a occupé une place centrale avec la consécration de Léonie Bischoff pour Anaïs Nin : Sur la mer des mensonges et d'Adlynn Fischer pour sa première œuvre, L'Été du vertige. Retour sur une soirée où le 9e art a brillé, affirmant son rôle-clé dans le paysage culturel belge.

Le 25 novembre 2024, l’Opéra Royal de Wallonie-Liège accueillait les Espiègles, une cérémonie littéraire incontournable qui célèbre la créativité des auteurs et autrices de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette édition marquait également un jalon important : le centenaire des prix littéraires belges francophones. Si l’événement met en lumière diverses disciplines littéraires, la bande dessinée, un art profondément enraciné en Belgique, a occupé une place de choix dans les récompenses de cette année.

Une reconnaissance renforcée pour la BD

Depuis 2017, avec la création de l’Espiègle de la bande dessinée (Prix Atomium), la Fédération Wallonie-Bruxelles démontre son attachement à ce médium. Pour cette édition, c’est Léonie Bischoff, autrice belgo-suisse, qui a été couronnée pour l’ensemble de son œuvre, notamment pour son approche novatrice de la narration graphique. Sa carrière illustre une recherche constante de diversité, tant dans les thèmes explorés que dans ses engagements.

Son roman graphique Anaïs Nin : Sur la mer des mensonges, publié en 2020, a été particulièrement remarqué. À travers cette œuvre, Bischoff retrace le parcours de la célèbre auteure franco-américaine, figure majeure de la littérature érotique et des journaux intimes. Lors d’une interview en septembre 2020, elle nous confiait :

« Lorsque l’on cite le nom d’Anaïs Nin, on pense d’abord à ses écrits érotiques. Il faut savoir que c’étaient souvent des travaux de commande, des jobs alimentaires. [...] Ce qui me parlait surtout chez elle, c’est que c’était une jeune femme qui cherchait sa propre voie et une manière singulière de s’exprimer en tant qu’artiste. »

Ce portrait graphique explore également la quête d’identité de Nin dans le contexte des années 1930, une époque où les choix artistiques et personnels des femmes étaient encore largement contraints. Bischoff ajoutait :

« Lorsque je commence la narration du livre, elle est encore très incertaine mais petit à petit, elle se déploie et prend confiance en elle. [...] C’est en lisant ses journaux et en m’imaginant l’ambiance dans les années 1930 que j’ai eu envie de raconter sa vie en BD. »

Le jury a salué cette capacité à faire dialoguer le texte et l’image pour révéler des aspects méconnus d’une personnalité complexe.

Adlynn Fischer : révélation de l’année

Autre distinction marquante, l’Espiègle de la première œuvre en bande dessinée a été attribué à Adlynn Fischer pour L’Été du vertige, publié aux éditions La Ville brûle. Ce roman graphique poignant retrace la descente aux enfers d’une adolescente dans un univers de banlieue en crise, mêlant thèmes identitaires, violences sexuelles et complexités sociales. Dans sa chronique, notre collègue Aurélie Monteix écrivait d’ailleurs que « cet album se veut être une pierre à l’édifice dans la lutte contre la vision hétéronormée et patriarcale qu’impose la société ». Vous l’aurez compris, L’été du vertige est une première œuvre audacieuse et sensible, déjà saluée par la critique pour sa finesse narrative et graphique.

Ce prix met en lumière de nouvelles voix dans le paysage du 9e art belge, et le jury a exprimé son enthousiasme face à la maîtrise artistique et thématique de cette œuvre inaugurale.

Anaïs Nin et « L'été du vertige » : la BD triomphe aux Espiègles 2024
Adlynn Fischer - Espiègle de la première œuvre en bande dessinée
Photo © FW-B - Jean Poucet

Le palmarès complet

Les Espiègles ne se limitent pas à la bande dessinée. Voici la liste complète des lauréats :

  • Espiègle de la bande dessinée (Prix Atomium) : Léonie Bischoff
  • Espiègle de la première œuvre en bande dessinée : Adlynn Fischer
  • Espiègle de littérature de jeunesse : Bernadette Gervais
  • Espiègle de la première œuvre en littérature de jeunesse : Charlotte Pollet
  • Espiègle de la première œuvre en littérature générale : Éléonore de Duve
  • Espiègle de théâtre en langue française : Céline Delbecq et Marie Darah (ex aequo)
  • Espiègle de théâtre en langue régionale : Nicole Goffart
  • Espiègle de la première œuvre en langue régionale : Jean Colot
  • Espiègle du rayonnement des littératures belges à l’étranger : Association Les Malcoiffés

Un élan pour la littérature belge francophone

Avec un nom inspiré du personnage de Thyl Ulenspiegel, emblème d’irrévérence et d’engagement, les Espiègles incarnent une vision dynamique et inclusive de la culture belge francophone. Cette année, la cérémonie a souligné à la fois la richesse de la création contemporaine et l’importance d’un soutien institutionnel fort.

En mettant en avant des œuvres d’auteurs confirmés et émergents, l’événement s’inscrit dans une longue tradition tout en s’adaptant aux enjeux culturels et sociaux actuels. Pour la BD, cette reconnaissance continue de consolider la place du 9e art comme pilier de l’identité culturelle belge.

À travers cette célébration, la Fédération Wallonie-Bruxelles prouve que les histoires en images ne sont pas seulement un divertissement, mais aussi un puissant vecteur d’émotions et de réflexion.

Léonie Bischoff lauréate du Prix Atomium 2024
Photo © Christian Missia Dio

Par Christian MISSIA Dio

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