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Pas mal
28 novembre 2024
« De part et d’autre de ces galeries qui reçoivent le jour d’en haut, s’alignent les boutiques les plus élégantes, en sorte qu’un pareil passage est une ville, un monde en miniature » s’exaltait le philosophe et critique d’art allemand Walter Benjamin lors de son passage à Nantes. Si le passage Pommeraye, inauguré en 1843, n’est pas le premier de la ville – le passage Orléans date de 1827 – et si Paris accueille ses premiers passages dès la fin du XVIIIe siècle, il n’a rien à leur envier. Bien au contraire.
Redéfinition du paysage urbain
Souhaité comme une galerie marchande par le clerc de notaire Louis Pommeraye, les travaux pharaoniques débutent en 1838. Pour ce faire, il s’associe au restaurateur Charles Guilloux pour acheter des immeubles à l’emplacement du futur passage, reliant la rue de la Fosse aux rues Santeuil et du Puits-d’Argent dans le centre-ville de Nantes, surnommée également « La cité des Ducs ». L’objectif des associés est simple : ouvrir un vrai passage entre la ville haute et la ville basse, pour créer un nouveau souffle.
Images à l’appui, Benoît Vieillard montre comment le passage Pommeraye - jadis magnifié par Jacques Tardi- , a relié le quartier de la place du Commerce, autrefois quartier de la Bourse, et celui de la place Graslin. Cette prouesse s’est faite au moyen d’un dur labeur, de longs travaux qui n’ont eu de cesse d’exaspérer les voisins, grever les dépenses des 31 actionnaires, en plus de redorer l’image d’un quartier malfamé miné par la pauvreté, la débauche et la maladie.
De l’abandon à l’attribution du label « monument historique »
Ce qui devait faire sa gloire a causé sa perte financière, avec en toile de fond la crise économique de 1846 qui a, de facto, laissé le passage à l’abandon pendant quelques années. Ce n’est qu’à compter de l’arrivée du train en 1851 que le passage Pommeraye retrouve ses couleurs, ses belles échoppes et ses restaurants gastronomiques apprécié des mondains d’antan.
Monument historique depuis 1976, considéré comme une réussite architecturale à l’échelle européenne du fait de sa construction sur un dénivelé de neuf mètres, il reste encore aujourd’hui un lieu de commerce fleurissant qui s’étend sur trois niveaux distribués par un escalier central de marbre blanc. Impossible de ne pas admirer les sculptures antiques qui trônent fièrement sur les colonnes à chaque étage du passage.
À travers un récit mêlant librement des faits et des personnages ayant réellement existé avec des suppositions et des inventions délibérées, Benoît Vieillard nous embarque dans une époque industrielle riche de bouleversements architecturaux ayant redéfini l’espace de la ville de Nantes, dans un parcours instructif et divertissant.
Par Jessy LEMESLE
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Le Passage - Par Benoît Vieillard - Editions Ouest-France.