Angoulême 2026 : vers un « Festival-Potemkine » ?

Par Didier PASAMONIK 30 novembre 2025 
Les communiqués se croisent, incertains et ambigus. L’édition 2026 du Festival d’Angoulême aura-t-elle lieu ? Chacun campe sur ses positions, apparemment inconciliables. Auteurs, éditeurs, et la plupart des institutionnels réclament l’éviction de la société prestataire 9eArt+ et de son directeur, Franck Bondoux et refusent de négocier désormais avec Delphine Groux, la présidente de l’Association du Festival, elle aussi contestée, à la suite d’un appel à projets que d’aucuns considèrent comme « bidon ». Pourtant, beaucoup ont intérêt à ce que l’événement se fasse, quitte à le réduire à un « Festival-Potemkine ». Mais même ce scénario bute contre certaines incompatibilités.

L’expression « village Potemkine » date du XVIIIe siècle, lorsque le ministre russe Grigori Potemkine exhiba en Crimée de fausses façades en carton-pâte mobilisant des citoyens endimanchés sur le passage de l’impératrice Catherine II afin de masquer la pauvreté des villages. Hergé y fait allusion dans Tintin au Pays des Soviets à propos du régime bolchévique. Va-t-on vers ce genre d’événement pour une sortie de crise ?

Une situation incertaine

C’est que des voix s’élèvent à Angoulême, notamment de la part d’associations de commerçants. Il faut dire qu’éditeurs et financeurs (dont la ville d’Angoulême et la Région Nouvelle-Aquitaine) avaient donné jusqu’au 1er décembre 2025 à l’Association du Festival et à son prestataire 9eArt+ pour constater leur « impossibilité de régner » et laisser la main à d’autres opérateurs.

En raison d’une réponse ambigüe (« mise à l’arrêt  »), certains éditeurs ont déjà commencé à résilier leurs réservations de chambres, de restaurants, de prestaires libraires tenanciers de stands, de billets de trains et autres menus frais qu’un tel festival implique. Un dessin de Joann Sfar montrait il y a quelques jours Franck Bondoux seul, dans une « bulle » vide, en train d’attendre le client.

Pour beaucoup, c’est une catastrophe, en particulier pour le maire qui joue le renouvellement de son mandat aux élections municipales le 15 mars 2026 et à qui beaucoup reprochent d’avoir, il y a dix ans, laissé filer une situation déjà critique, sans vraiment réagir. Le naufrage en cours ne devrait pas l’aider. Les commerçants et les habitants de la ville, qui remplissent restaurants, hôtels et Airbnb le temps du festival, fin janvier, une période pas très touristique, râlent, et on les comprend.

9eArt+ enfin, qui a des engagements contractuels en cours avec des prestataires, des clients, des partenaires (japonais notamment), des sponsors et un personnel qui se retrouve en raison de la « mise à l’arrêt » au chômage technique…

Angoulême 2026 : vers un « Festival-Potemkine » ?
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C’est ce dernier qui a le plus à perdre. Certes, les éditeurs avaient payé des avances, de même que certains sponsors et certaines collectivités financeuses. Mais ces avances sont corrélées à une obligation de résultat. En absence d’événement, il va falloir rendre l’argent…

La position de certains institutionnels, dont la mairie qui fournit un bon nombre de prestations à l’événement en termes d’espaces alloués et de personnels, et celle de la plupart des éditeurs, rendent impossible toute conciliation. Or, les délais courent, et avec eux les salaires, les engagements publicitaires, le recrutement de personnels complémentaires, la mobilisation des bénévoles, de prestataires...

On rappelle que les expositions en cours, dont quelques-unes ont essuyé la désaffection des auteurs invités, sont soumises à ces conditions. Les Japonais, par exemple, dont on connaît l’exigence, doivent se demander quelle est la bonne fin des engagements promis par le festival.

Bref, la situation est critique. La société 9eArt+ a-t-elle les reins assez solides pour passer ce cap ? Telle est la question.

Un festival « light » ?

Les intérêts des uns et des autres peuvent pousser à une solution « diplomatique ». Le Festival annonce d’ordinaire son programme entre fin novembre et début décembre avec la liste des « nominés » aux prix et l’annonce d’un jury de personnalités. Le « Grand Prix » fait l’objet d’une campagne auprès des auteurs qui se lance d’ordinaire fin décembre, début janvier. Mais avec quels auteurs désormais ?

Le Festival de son côté s’est déclaré il y a quelques jours «  à l’arrêt », ce qui laisse la possibilité d’un report de l’événement à quelques semaines voire à quelques mois. Son directeur artistique Asie, Fausto Fasulo, veut encore y croire si l’on se réfère à ses déclarations à ICI France Bleu.

On peut imaginer que, pour donner le change, comme cela a été fait lors de la crise de la Covid, on se dirigerait vers un festival « light », un « Festival-Potemkine », où chacun y mettrait du sien a minima en attendant une remise à plat pour 2027. La Cité de la BD -organisme dépendant de l’État- pourrait jouer un rôle central dans cette pacification.

Blocages et conséquences

Mais ce n’est que reporter le problème. Car il faut en avoir conscience : l’éviction de 9eArt+ a un coût. Qui paiera la facture ? Va-t-on vers un dépôt de bilan de la société organisatrice dont le FIBD est le seul client ? Toutes ces questions sont sur la table.

Le Maire d’Angoulême et l’un des trois fondateurs du FIBD, Francis Groux. La question est : qui va trinquer maintenant ?
Photos : D. Pasamonik (L’agence BD)

Le point d’achoppement est la position des protagonistes « exclus », le patron de 9eArt+ et la présidente de l’Association, en mode sous-marin ces derniers jours. La problématique est juridique : qui est responsable de ce marasme ? Les financeurs du FIBD, tous plus ou moins engagés par contrat ? Ils peuvent très bien objecter que la situation de 9eArt+ et de l’Association du FIBD, du fait de la perte de confiance vis-à-vis de auteurs et des éditeurs, est incompatible avec une poursuite de leur mission. Va-t-on vers une bataille juridique ? Que doit-on comprendre quand 9eArt+ se met en pause et déclare qu’elle « réfléchit » ?

Les auteurs, les éditeurs et les financeurs ayant posé leurs conditions avec pour échéance le 1er décembre, la réponse à l’ensemble de ces questions est attendue dans les tout prochains jours. On l’observera de près. À Dieu vat.

Par Didier PASAMONIK

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18 Messages :
  • Angoulême 2026 : vers un « Festival-Potemkine » ?
    30 novembre 2025 18:08, par Milles Sabords

    Qu’on arrête définitivement cette lente agonie d’un festival tarte-à-la-crème, aux relents d’intérêts financiers sur le dos des auteurs. C’est un festival de bulles de champagne, mais pas de BD.

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    • Répondu par Xav le 30 novembre 2025 à  19:50 :

      Tiens, Milles Sabords n’y est pas assez souvent invité à son goût, ça sent le seum...

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      • Répondu le 1er décembre 2025 à  06:43 :

        Souvent invité ou pas, ce festival se fait sur le dos des auteurs.

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      • Répondu par Milles Sabords le 1er décembre 2025 à  06:54 :

        Pourtant, j’y dédicace souvent, fallait venir me voir…

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        • Répondu le 1er décembre 2025 à  07:51 :

          On s’en fout de tout cet infantilisme.

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        • Répondu par ced350 le 1er décembre 2025 à  16:22 :

          Le festival est officiellement annulé l’annonce est tombée aujourd’hui.
          https://www.charentelibre.fr/culture-et-loisirs/le-festival-de-la-bd-2026-officiellement-annule-9e-art-accuse-les-pouvoirs-publics-26926463.php

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          • Répondu le 2 décembre 2025 à  00:21 :

            Les auteurs et les autrices ont la sensation d’avoir remporté une grande victoire, mais il aurait fallu obtenir la tête de Bondoux et de 9e Art sans sacrifier le Festival. Il est tellement plus facile de détruire que de reconstruire. Le Festival souffrait déjà terriblement de l’absence de bons sponsors privés. Il sera difficile d’en trouver de nouveaux pour 2027, d’autant plus avec une image aussi abîmée. Et les subventions publiques ne seront plus les mêmes en 2027, et peut-être inexistantes les années suivantes, si le RN est au pouvoir. Le Festival est peut-être mort ce soir.

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            • Répondu le 2 décembre 2025 à  06:40 :

              Les auteurs ne sont ni responsables, ni coupables des manquements des autres.
              Et je ne crois pas qu’ils se réjouissent de cet échec parce qu’ils sont les premiers sacrifiés.

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              • Répondu le 2 décembre 2025 à  13:39 :

                Vous ne croyez pas ? Allez-voir sur les réseaux sociaux. Personne ne leur reproche de se réjouir, évidemment, mais c’est une joie forcément amère.

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                • Répondu le 3 décembre 2025 à  07:12 :

                  Une joie amère n’est pas une joie. En revanche, c’est une victoire à la Pyrrhus.

                  Répondre à ce message

          • Répondu le 2 décembre 2025 à  06:36 :

            Selon le communiqué de 9eArt+ l’annulation « incombe aux financeurs publics qui n’ont cessé de s’immiscer dans la gestion, pourtant privée, de cet événement, avec la volonté manifeste d’en évincer l’organisateur historique. »

            La voilà la faille juridique que les avocats de Franck Bondoux vont chercher à exploiter !
            Ils ne peuvent ni se retourner contre les éditeurs et ni contre les auteurs (qui ne sont qu’ « invités »).
            Les financeurs publics ont retiré leurs subventions avant qu’il ne soit trop tard : date comptable oblige. Sauf que ces pouvoirs publics ne peuvent pas apporter la preuve matérielle de cette absence de résultat. Leur décision a été prise fin novembre, avant l’annonce officielle du programme du FIBD 2026 et bien en amont de la tenue du festival. Je comprends aussi la position du ministère de la Culture qui souhaitait que le festival ait quand même lieu. Ce ministère de la Culture qui aurait dû s’impliquer un peu mieux et un peu plus dans cette affaire lorsque les auteurs ont menacé de boycotter. Ni l’association FIBD Angoulême, ni 9eArt+, ni les éditeurs, ni les financeurs publics, ni le ministère de la Culture n’ont pris la menace de ses artistes-auteurs au sérieux. Ils se sont dit que ces moutons dociles allaient venir travailler gratuitement pour défendre l’intérêt des autres, comme d’habitude.

            L’article parle de Festival-Potemkine. On pourrait aussi parler de la mutinerie du cuirassé Potemkine et de Bérézina.

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            • Répondu par Milles Sabords le 2 décembre 2025 à  12:54 :

              Si tous les ministres de la culture qui se sont succédés depuis toutes ces années avaient pris un peu plus au sérieux les auteurs et autrices, ont en serait peut-être pas là. La BD reste toujours un truc de gosses pour les élites. Notre situation est devenue ubuesque, on fournit la matière première, mais on reste la dernière roue du carrosse.

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            • Répondu par Milles Sabords le 2 décembre 2025 à  15:37 :

              Angoulême annulé, cette année pour la BD c’est tintin !

              Répondre à ce message

              • Répondu le 2 décembre 2025 à  16:07 :

                On peut peut-être se passer aussi de vos platitudes et de vos jeux de mots.

                Répondre à ce message

                • Répondu par Milles Sabords le 2 décembre 2025 à  20:15 :

                  …et de votre intervention.

                  Répondre à ce message

            • Répondu par Thomas Brecht le 4 décembre 2025 à  08:29 :

              Ils peuvent en revanche utiliser la clause morale suite à l’affaire Chloé pour se retirer.

              Répondre à ce message

    • Répondu par Thomas Brecht le 4 décembre 2025 à  08:27 :

      Rien n’empêche les auteurs de se prendre par la main au lieu de jouer les éternelles pleureuses et de se plaindre constamment, pour enfin se donner un bon coup de pied où je pense et d’organiser leur propre festival qui serait tout entier à leur bénéfice. Les festivals actuels sont devenus des usines à dédicaces pour le plus grand profit des auteurs (et de eBay), au lieu d’être un rendez-vous sympa pour célébrer toutes les générations de lecteurs et de collectionneurs... C’est triste.

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      • Répondu le 4 décembre 2025 à  11:03 :

        "Pour le grand profit des auteurs". Êtes-vous certain de ce que vous avancez ?

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