Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Le récit s’ouvre sur Jeanne qui, telle une tortue, semble porter sa maison sur son dos. Elle rêve d’intégrer une école de théâtre – un milieu où la sélection est rude et la passion, essentielle. Peu à peu, le lecteur découvre le quotidien d’une classe de jeunes apprentis comédiens, entre espoirs, désillusions et découvertes de soi. Des vies multiples, comme le titre l’annonce, en pleine effervescence.
Parler de théâtre, c’est toujours un exercice d’équilibriste : la frontière entre la sincérité et le cliché est fine. En parler en bande dessinée, c’est un défi encore plus grand. Pourtant, le pari est ici réussi. Le récit est touchant, sincère, et interroge autant sur la vie des comédiens que sur nos propres « scènes » quotidiennes. Les dialogues et les situations résonnent en chacun de nous, tant ils traduisent les tâtonnements et les quêtes d’identité d’une jeunesse en construction.
Le dessin de Rosalie Stroesser appuie magnifiquement le propos. Son trait doux et précis place le lecteur dans une position presque cinématographique : comme perché sur une petite caméra, observant les mouvements, les regards, les hésitations. Cette mise à distance crée un point de vue contemplatif, qui laisse place à l’interprétation. Les silences et les respirations deviennent des espaces de réflexion.
On suit principalement Jeanne, mais surtout Jeanne à travers les autres : son regard sur ses camarades, sur leurs méthodes, sur leurs doutes. Le récit devient alors polyphonique, à l’image du théâtre lui-même, où chacun existe par rapport aux autres. La couverture, d’ailleurs, prend tout son sens une fois l’album refermé : un jeu de regards et de perspectives qui résonne avec l’ensemble du récit. Une véritable mise en scène graphique.
On peut reprocher à certains personnages d’être un peu caricaturaux, ou de « jouer » davantage dans leurs paroles que sur scène. Quelques dialogues dans leurs vies privées manquent d’ailleurs un peu de naturel, contrairement aux échanges faits sur les planches. Le rythme s’accélère en fin d’album, laissant une impression d’inachèvement – mais c’est aussi ce qui donne envie de découvrir la suite. Peut-être qu’à vouloir donner corps à tant de personnages, le récit, vers la fin du volume, s’éloigne un peu du développement intime de Jeanne et ne permet pas d’aller dans la profondeur de chacun. Mais c’est une faiblesse pardonnable, tant l’ensemble est sincère, habité, et empreint d’une vraie tendresse pour ses protagonistes.
Des vies multiples – Carnets d’une jeune actrice est un premier volume qui fait du bien et ouvre comme il le faut l’appétit ! Un récit sensible et prometteur, dont on attend la suite avec impatience.
Par Jade MOUTI
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.