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Bon
23 avril 2025
Au premier abord, Wild Strawberry rappelle clairement Chainsaw Man de Tatsuki Fujimoto. Les deux séries partent en effet d’un postulat similaire : un jeune homme pauvre et perdu tente de protéger un monstre et finit par se mettre en danger lorsque ce même monstre est révélé au grand jour. Le protagoniste est alors tué dans la bataille, puis ramené à la vie par le monstre, ce qui lui confère de nouveaux pouvoirs. Mais cette similarité n’est pas fondamentalement mauvaise. Après tout, les codes des mangas seinen finissent inévitablement par se répéter, et Wild Strawberry a au moins le mérite de proposer une réinterprétation intéressante des thèmes et personnages vus dans d’autres mangas. Écrite par Ire Yonemoto et publiée aux éditions Crunchyroll, la série invite le lecteur à plonger dans l’univers post-apocalyptique sans pitié d’un Tokyo recouvert par la végétation.
Côté personnages, ce premier volume met en place les archétypes qui vont évoluer dans la suite de la série. Le protagoniste Kingo colle au personnage d’un jeune « loser » débrouillard qui sait survivre tant bien que mal dans un monde ravagé. Très vite, le récit établit que ses actions ne sont motivées que par l’affection qu’il porte à sa sœur Kayano, laquelle apparaît jusqu’à présent de manière assez superficielle, présentée uniquement comme une petite sœur dévouée.
Il est clair que la psychologie de ces deux personnages n’évoluera qu’après leur fusion en milieu de récit. En effet, Kayano, bien que son corps ait disparu, vit toujours à l’intérieur du corps de son frère, qu’elle a parasité. Tout au long du manga, elle agira comme une voix intérieure, poussant son frère à se relever même face aux pires ennemis. Les personnages secondaires sont également définis avant tout par leur fonction. On retrouve ainsi des archétypes comme le commissaire fou de la gâchette, obsédé par l’élimination des Jinka à tout prix, ou encore le scientifique qui essaie de comprendre comment Kingo et Kayano survivent ensemble. Les personnages occupent ainsi des rôles, et les interactions qu’ils ont entre eux tourneront toujours autour de leur rôle au sein de l’univers.
On se doute que Wild Strawberry explorera tout au long de son récit des thèmes autour du deuil et de la mort. La nature, métaphore de la vie dans beaucoup d’œuvres, est ici représentée de manière monstrueuse et destructrice. Elle distribue la vie et la mort de façon arbitraire, et seuls les plus forts ont une chance de survivre. Kingo lui-même est pris dans ce dilemme : est-il humain ou monstre ? Ses sentiments et sa personnalité sont bien humains, mais son corps est désormais parasité et presque indestructible. Ses blessures se referment d’elles-mêmes, et la voix de Kayano le pousse constamment à se battre. Peut-il se considérer humain malgré cela ? Et s’il pouvait, par un quelconque miracle, sauver sa sœur, ne se ferait-il pas l’ennemi de l’humanité ?
Côté dessin, Wild Strawberry propose de très belles planches, qui rappellent encore une fois Chainsaw Man ou L’Attaque des Titans. Les scènes de bataille sont grandioses et spectaculaires, s’étalant régulièrement sur des doubles pages. Les coups sont brutaux, le sang gicle. Ire Yonemoto joue à plusieurs reprises du contraste entre calme plat et violence extrême pour accentuer la brutalité de l’action. De très bonnes scènes d’action et une mise en scène efficace, donc.
Wild Strawberry propose ainsi une histoire seinen d’action, où des personnages toujours plus déterminés dépassent leurs limites et deviennent toujours plus puissants. Confrontés à un monde sans pitié, ils devront dompter leur propre sauvagerie intérieure et garder leur humanité. Si vous avez aimé Chainsaw Man, Wild Strawberry devrait également vous plaire.
Par Akira OIKAWA
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Wild Strawberry T. 1 - Par Ire Yonemoto - Éd. Crunchyroll