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Favori de la rédaction
22 avril 2025
Patrick Blanchette est une figure montante de la bande dessinée québécoise. Après plusieurs années en animation et son travail sur la série Le Castor Beaver (en collaboration avec Cjay, Cados, et Michel Ouellet), l’auteur a commencé sa série originale Aube du monde des rêves en 2021 aux éditions Presses Aventure. Tirée d’un concept que l’auteur travaille depuis 2014, la série fera douze tomes et explorera le mystérieux monde des rêves, rempli de dangers et de merveilles.
La série est vendue avant tout comme une série d’albums pour enfants, mais comme l’auteur le dit lui-même dans notre interview, l’histoire s’adresse à tous les publics, enfants comme adultes. Sous ses airs enfantins et ses promesses d’aventure, le récit aborde en effet des thèmes durs, voire tragiques. Tout au long des volumes, l’héroïne Aube est confrontée à des choix cornéliens qui remettent en question tous ses acquis sur le monde des rêves et sur son rôle au sein de cet univers. La jeune fille est mise face à ses faiblesses, qu’elle tente tant bien que mal de surmonter, mais sa détermination (parfois au bord de l’obstination) la pousse à l’imprudence. Aube veut prouver sa valeur, mais cela la met parfois dans des situations délicates où elle doit trahir la confiance des autres. Aube du monde des rêves est une histoire d’apprentissage qui jongle avec brio avec les rêves fantastiques et merveilleux, les doutes internes des personnages, et la dureté des enjeux auxquels ces derniers sont confrontés.
Parlant des personnages, ils constituent la grande force du récit. Ils sont finalement peu nombreux, ce qui permet de se concentrer sur eux. Aube elle-même est un personnage complexe, avec plusieurs facettes différentes : tantôt apprentie ingénieure ambitieuse, tantôt adolescente amoureuse, tantôt fille qui s’émancipe de sa mère. Mais elle reste cohérente en alternant entre ces facettes, et est toujours motivée par son enthousiasme débordant et sa volonté de faire le bien. De plus, la jeune fille est capable de plonger dans les rêves des autres, ce qui lui permet de voir leurs rêves et souvenirs les plus intimes. Ce pouvoir est très puissant, mais il met également la protagoniste face aux pensées parfois très sombres et négatives des autres. Et si Aube elle-même venait à trouver quelque chose qu’elle craint dans les rêves de ceux qu’elle aime ?
Aube est cependant loin d’être le seul personnage bien écrit de la série. Elle entretient par exemple une relation parfois tendue avec sa mère adoptive, Wendy. Cette dernière est en effet incapable de garder un emploi plus de quelques semaines à cause de son attitude désinvolte. Cette tension entre mère et fille donne lieu à des scènes poignantes, car les deux s’aiment malgré tout de tout leur cœur. La série aborde des thèmes sérieux et les traite sérieusement, là où d’autres œuvres (surtout à destination des enfants) aborderaient ces problématiques de façon plus légère et les résoudraient de manière artificielle. Autre personnage marquant : le petit esprit Volt. À l’origine un monstre vivant sous le lit d’Aube, il est rapidement devenu son meilleur ami. Son passé n’a pas encore été révélé au lecteur, mais les quelques indices ici et là laissent penser que le petit esprit a déjà occupé des fonctions importantes dans le monde des rêves. À travers son personnage, la série aborde des thèmes tels que la discrimination sur le physique ou la frustration d’avoir été évincé sans savoir pourquoi. Sous leur apparence enfantine, les personnages sont très complexes et n’hésitent pas à poser des questions douloureuses.
Pour son style graphique, Patrick Blanchette propose des dessins assez enfantins et cartoon. L’auteur, ayant travaillé dans le domaine de l’animation (Aube du monde des rêves devait à l’origine être une série animée), apporte un soin tout particulier aux mouvements, avec un accent mis sur les lignes de vitesse ou les traînées de fumée laissées par les personnages sur leur passage. Le récit se déroulant dans un monde onirique où tout est possible, les décors sont également d’une grande variété. L’histoire passe aisément de l’espace intersidéral aux couleurs violacées à la jungle luxuriante d’une île déserte, et permet même de mêler les genres et de parodier certaines histoires : space opera, film d’aventure, intrigue policière, tout est possible !
Les quatre premiers tomes d’Aube du monde des rêves sont des œuvres très prometteuses et démontrent un potentiel certain pour le futur de la série. Chaque volume propose une histoire qui se suffit à elle-même, tout en participant à bâtir l’univers riche des rêves. Par ses personnages attachants, les thèmes forts qu’elle aborde avec brio et un récit qui explore la psychologie humaine en profondeur, Aube du monde des rêves est une excellente série à garder sur le radar ! Si les douze tomes continuent à augmenter en qualité comme l’a promis l’auteur, ils méritent amplement leur place aux côtés de nos favoris !
Par Akira OIKAWA
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