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Cartagena, le dernier chef d’œuvre d’Hermann

Par Didier PASAMONIK Favori de la rédaction 7 mai 2026 
C’est son ultime album ! Hermann est décédé en mars dernier et ce livre, qui lui ressemble en bien des points, est son dernier. Il ne s’est pas fait facilement, entre plusieurs passages à l’hôpital pour traiter son cancer et les moments d'abattement qui s'ensuivent. Mais Hermann n’aimait pas les salamalecs, la maladie, c’était son affaire et il l’affrontait crânement. Sans faillir, il l'a achevé vaillamment, se lançant dans un nouveau Jeremiah avant que le Grand Arbitre ne siffle la fin de la partie.

Il nous avait quitté en mars dernier avec son panache habituel. C’était un géant, un des grands noms de la bande dessinée réaliste mondiale. Cela a quelque chose d’indécent que de signaler « l’âge du capitaine », mais la performance est notable : voici donc une BD réalisée par un mec de 87 ans, malade qui plus est. Et pourquoi on insiste sur cette notion ? Parce qu’elle est impeccable.

Oh, ce n’est évidemment pas le Hermann des années d’or, dont la fulgurance coulait entre les doigts. Yves H., son fils, qui scénarise ses histoires depuis quelques décennies après avoir fait des études de cinéma, en a écrit le livret, un script hermannien en diable : un ado de Cartagena, une ville mexicaine gangrenée par la mafia de la drogue, est embarqué -comment peut-il faire autrement ?- dans une sombre histoire de trafics ponctués par des meurtres. C’est du violent, du glauque, du Hermann, quoi ! L’album décrit un monde désespérant qui mène sa jeunesse vers l’abîme. Le « bipède », comme il avait l’habitude de qualifier l’être humain, ajoute dans cette histoire une nouvelle saloperie à sa liste de méfaits. Et ce n’est pas nouveau : ce constat, on l’a tous fait...

Graphiquement, la narration, les angles de vue, les atmosphères, les couleurs… restent impeccables. On ne s’attarde pas sur les décors, et ce n’est pas utile tant le rythme est fluide, rapide, haletant même. C’est bluffant ! On peut regarder le dessin de près, comme dans la scène où le petit Pendejo est sur le point de se faire égorger par ses chefs. Pas une erreur d’anatomie, ni d’acting ! Même au niveau du scénario : le plot final, certes classique et attendu, surprend. Voilà qui fait un bon livre sans chichi, ni leçon de morale. Hermann termine sa carrière avec brio.

En refermant l’album, on retrouve la couverture : les deux protagonistes de l’histoire, deux jeunes garçons regardent la ville, illuminée comme une Voie Lactée, la nuit. Le moment est figé, suspendu. Ils sont les bras ballants, fourbus comme après une terrible épreuve… Comment ne pas avoir la gorge serrée d’émotion et de nostalgie face à une scène comme celle là ? Ars longa, vita brevis.

Si vous ne connaissez pas le travail d’Hermann, vous pouvez commencer par cet album-là.

Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : 9782808218597
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