Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Bon
11 août 2025
Nous avions grandement apprécié Résidence autonomie qui relatait le quotidien d’une résidence pour seniors où se mêlait humour et réalité sordide (Prix Ouest-France - Quai des Bulles 2023). La même année, il remporte le Prix Charlie Schlingo pour Stupide Mâle Blanc publié par Les Requins Marteaux en 2022. Auparavant, sa réinterprétation loufoque et punk des Misérables (2021), aux éditions Glénat, nous avait fait hurler de rire.
Collaborateur régulier de Charlie Hebdo, porteur d’une ligne volontiers provocatrice, Éric Salch connaît son métier lorsqu’il s’agit de nous chatouiller les zygomatiques. C’est pourquoi, nous avions vu arriver d’un très bon œil ce recueil de strips dont beaucoup furent précédemment publiés sur Instagram.
Dans ces strips, on suit des petits riens de la vie quotidienne entre un père célibataire, le double de papier d’Éric Salch, et son jeune fils, qui illustrent l’éducation catastrophique qui y est dispensée. Un recueil divisé en deux parties, avec d’un côté l’enfance, de l’autre l’adolescence. Les deux personnages sont d’un caricatural, d’une exagération absolument savoureuse, du graphisme à leur personnalité. Le père aimerait être bienveillant avec son fils, mais il se laisse constamment débordé par l’énervement et le désespoir face à un fils dépourvu d’autonomie, nombriliste, crade, irrespectueux et feignant. La narration est simple et percutante. Une situation énervante dont le fils a le secret, quelques cases de montée en pression, et le père explose
À rebours d’une série comme Pico Bogue où la conflictualité entre les parents et les enfants se résout strictement par le dialogue, ici la violence, parfois gratuite, prend le dessus. Le running gag de ces strips consiste en l’expulsion du fiston, à grand coup de pied dans le fondement, par le balcon de l’appartement. Un destin à la Kenny de South Park illustré par une double-page très amusante en fin d’album. Cette construction narrative instaure une connivence entre le lecteur/la lectrice et le père. Nous savons systématiquement ce qui va arriver à son insupportable progéniture, tandis que celle-ci marche naïvement vers un apprentissage du vol plané.
Cette violence est à prendre au 45e degré, et à replacer dans un style graphique et narratif en droite ligne du dessin de presse satirique et héritier d’auteurs comme Reiser. L’exagération est omniprésente et tout à fait délicieuse. Le graphisme en est le reflet avec des personnages qui sont constitués de quelques traits caractéristiques et volontiers outranciers. Que ce soit le nez du père qui n’aurait rien à envier à celui de Cyrano, sa bouche gargantuesque lorsqu’il hurle et sa pluie de postillons, ou le fils qui a un nez de cochon et des yeux de lapin qui ont la myxomatose. Le dessin d’Éric Salch est d’une très grande expressivité, tout en économie, et d’une efficacité redoutable. Un moment de lecture hilarant susceptible de vous remémorer quelques souvenirs.
Par Romain GARNIER
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Comment éduquer ses enfants - Par Éric Salch - Éd. Les Rêveurs - Format : 18 x 26 cm - 80 pages - Parution : 31 janvier 2025 - 20 euros.
D’autres chroniques sur des bandes dessinées des éditions Les Rêveurs
– Les Cahiers du Corbeau : un Paris mythifié par Lucas Nine, de Romain Garnier
– La Peur Émeraude - Par Lucas Nine - Ed. Les Rêveurs, de Romain Garnier
– Barbarone, volume 1 - Sur la Planète des Singes Érotomanes - Par Gipi - Ed. Les Rêveurs, de Romain Garnier
– Monsieur Pinpon – Par Stanislas – Ed. Les Rêveurs, de Didier Pasamonik
– "En Fuite !" de Lelis (Éditions Les Rêveurs) : du burlesque au fantastique en aquarelle, de Frédéric Hojlo
– Zahhak, La Légende du Roi Serpent - Par Simon Arizpe et Hamid Rahmanian - Éditions Les Rêveurs, de Jorge Sanchez
– Salch et Larcenet, de sacrés "Branleurs" chez Les Rêveurs !, de Frédéric Hojlo
– Ce Larcenet, quelle tache !, de Didier Pasamonik