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Très bon
17 avril 2026
De l’Église orientale naît la légende d’Hélène (248-330), figure hybride où tradition et mythe s’entrelacent : humble servante élevée au rang d’impératrice, elle entreprend, grâce à son fils, l’empereur Constantin, de fouiller Jérusalem pour ranimer les échos de la Passion. « L’empereur mon fils m’a délégué tout pouvoir de décision afin de rendre le lieu où le Sauveur est ressuscité dans Jérusalem le lieu le plus vénérable qui soit au monde », confie-t-elle, dans un phylactère, dans un élan de foi ardente. Croyante infatigable sur les pas du Christ, mère de celui qui fait basculer le destin de l’Empire romain vers la lumière chrétienne, Hélène entre par la grande porte dans les annales immortelles.
Sur les traces d’une relique transfigurée
Avertissement poétique : les certitudes sur sa vie sont ténues, les textes anciens mêlant faits historiques, hagiographie et légende en un voile diaphane. Cette bande dessinée embrasse le postulat d’historiens affirmant sa conversion précoce au christianisme, influence décisive sur Constantin, sa propre foi et l’essor du christianisme dans l’Empire. Constantin abolit la crucifixion, supplice infamant ; dans les décennies postérieures à la mort d’Hélène, la croix devient en symbole triomphant, loin de sa honte originelle.
Les siècles suivants voient proliférer les croix-reliquaires, comme celle du musée de Cluny abritant un fragment présumé de la Vraie Croix ; des clous miraculeux sont revendiqués par des sites mondiaux, forgés par Constantin en casque protecteur et mors de cheval pour ses batailles. Canonisée, Hélène rayonne comme sainte aux yeux des Églises catholique (fêtée le 18 août) et orthodoxe (21 mai, avec Constantin), icône éternelle d’une quête qui élève l’infâme en sacré.
Le pinceau des maîtres de l’histoire sacrée
Dominique Bar, dessinateur et scénariste belge, règne en spécialiste incontesté de la bande dessinée religieuse : de Thomas More à Saint-Augustin, en passant par Fatima, Saint Dominique ou l’impératrice Zita, pour Coccinelle, LCI, Edifa Mame et les Éditions du Triomphe. Gerardo Balsa, Argentin passionné d’histoire, surtout du XXe siècle, avec des œuvres en Argentine, en Espagne et en France comme La Nuit des paras ou U.47, apporte sa précision exigeante au genre historique, vivifiant les ombres du passé par son trait rigoureux.
Ensemble, ils forgent la première fresque graphique sur Hélène, naviguant entre faits avérés et légendes pieuses pour illuminer une vie charnière : celle qui, des humbles origines à l’Empire, transmue la croix de tourment en étendard de résurrection. Un récit qui, tel un reliquaire vivant, invite à contempler comment une mère pieuse redessine l’horizon d’un monde, faisant de la quête sacrée un pont entre légende et éternité.
Par Jessy LEMESLE
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Sainte Hélène, la quête de la Croix, Dominique Bar & Gerardo Balsa, Editions du Triomphe, 16,90 €