Angoulême 2025 : l’organisation du Festival à nouveau sur la sellette

Par Didier PASAMONIK 24 janvier 2025 
À quatre mois du renouvellement de son contrat avec l’association qui en détient la licence d'exploitation, 9eArt+, la société qui gère le Festival International d’Angoulême de la bande dessinée (FIBD), dirigée par son délégué général Franck Bondoux, essuie une nouvelle bordée de critiques : mercantilisme, management toxique, népotisme… et écope d’une plainte aux prud'hommes « pour licenciement abusif » à la suite d’une affaire de viol à l’encontre d’une de ses employées. Ceci à la suite d’une année 2024 qui se solde par un déficit conséquent. À une semaine de l’événement, ça casse un peu l’ambiance…

Nous qui observons le Festival International d’Angoulême depuis des décennies, nous ne sommes pas étonnés par les derniers développements révélés par une enquête de L’Humanité, relayée par La Charente Libre. Les griefs à charge n’ont pas changé : mercantilisme, management toxique, népotisme…

Mais l’on apprend deux choses : que l’événement a accusé en 2024 une lourde perte : «  pour la première fois depuis 2007, signale L’Humanité, la manifestation accuse en 2024 un déficit qui s’élèverait à 250 000 euros. Franck Bondoux se veut rassurant, rappelant que les fonds propres de 9e Art +, qui atteignent 340 000 euros, couvrent les pertes. Mais à cela s’ajoute un endettement lié aux emprunts souscrits après la pandémie de Covid. Et les bilans comptables de 9e Art +, structure par laquelle transitent tous les fonds du festival, indiquent une hausse sensible du budget, de 4,7 millions d’euros en 2019 à 6,5 millions en 2023... »

Angoulême 2025 : l'organisation du Festival à nouveau sur la sellette
En 2025, les prix d’entrée du FIBD explosent.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Le journal communiste insiste sur « l’opacité des comptes » en s’appuyant sur le rapport de la Cour Régionale des comptes qui avait enquêté en 2021 (on peut se reporter utilement à l’un de nos précédents articles qui détaille ces conclusions et où vous pourrez télécharger le rapport intégral de la chambre régionale en PDF). La Cour des comptes constatait un écheveau de sociétés curieusement imbriquées, source de toutes les suspicions, et faisait quelques fermes recommandations dont on ne sait pas si elles ont été suivies d’effet.

Rappelons cependant que cette officine n’est que consultative et que c’est aux pouvoirs publics d’instruire une éventuelle plainte, ce qui n’est jamais advenu. Voilà qui est un peu en contradiction avec le communiqué reçu du Festival ce jour qui prétend que « ...la Chambre régionale des comptes, lors d’un contrôle opéré en 2021, a souligné l’excellence de sa gestion au regard de l’usage des fonds publics. »

L’explosion du budget (et donc des revenus qui reviennent aux sociétés de M. Bondoux) de 4,7 millions à 6,5 d’euros s’expliquerait, toujours selon le FIBD cité par L’Humanité, « à des paramètres très larges incluant des développements inhérents à une manifestation de cette envergure, en plus des répercussions post-Covid, de l’inflation, de l’augmentation des factures et, aussi, du coût du traitement des originaux, en particulier pour ceux venant du Japon… »

Des affiches où le logo du sponsor est très voyant

D’où une course au financement que L’Humanité décrit comme du « mercantilisme » qui amène le FIBD à accepter le financement d’un vendeur de burgers dont les logos défigurent les affiches de cette édition. D’où, également, une augmentation importante des tickets d’entrée du festival pour cette année...

Au tableau des griefs, l’enquête de L’Humanité ajoute un management « toxique », qui a vu défiler ces cinq dernières années « … pas moins de sept directeurs artistiques  » et un népotisme assumé qui avantage la propre fille du délégué général, Johanna Bondoux, « promue « directrice de développement » du festival à travers sa société Mentalo  », précise le quotidien. «  Ses prérogatives, très étendues, vont de la direction de la communication à « la mise en place de nouveaux projets à même d’assurer le rayonnement du festival à des titres divers ».

Plainte pour viol, licenciement abusif

Il y a plus grave : l’enquête de l’Humanité annonce que le 9eArt+ s’apprête à être poursuivi devant les prud’hommes par une employée de 9eArt+ qui se serait faite violer par un prestataire du festival lors de la dernière édition. Non seulement elle n’aurait pas trouvé de soutien auprès de son employeur, mais celui-ci l’aurait purement et simplement licenciée pour ne pas être troublé par le scandale : «  Il l’a virée parce qu’elle a dénoncé un viol. C’est tout le contraire de ce qui aurait dû être fait  », tonne Arie Alimi, l’avocat de la jeune femme, selon La Charente Libre. Cette affaire tourne en boucle sur les réseaux sociaux depuis hier.

Le quotidien L’Humanité publie le témoignage d’une ancienne employée du FIBD

Jusqu’en 2037 ?

Le FIBD, pour se défendre, dénonce dans un communiqué une « campagne de presse  » truffée d’«  accusations infondées  » assez malvenue à quelques jours de l’inauguration de l’événement.

Mais ce que raconte La Charente Libre, c’est que le Conseil municipal d’Angoulême a en ligne de mire le renouvellement du contrat de prestation de 9eArt+ qui s’achève en 2027. S’il n’est pas dénoncé avant mai 2025 de cette année, il sera reconduit automatiquement pour dix ans supplémentaires, jusqu’en 2037. « Lors du conseil municipal de décembre, majorité et opposition avaient renouvelé leur souhait de voir l’association dénoncer le contrat… » écrit le quotidien angoumoisin.

Mais cette décision de renouvellement ou non du contrat dépend de l’instance-croupion de l’Association du Festival de la bande dessinée. Cette association est présidée par Delphine Groux, fille de l’un des trois fondateurs du FIBD il y a plus de 50 ans.

Delphine Groux, présidente de l’Association du Festival d’Angoulême : est-elle la seule à décider de l’avenir du festival ?
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Et c’est bien là qu’est le problème : composée au début de collectionneurs et de passionnés qui mettaient la main à la pâte, elle est, cinquante ans plus tard, majoritairement composée de membres incompétents, en tout cas en gestion. Et Delphine Groux a décidé, si l’on en croit La Charente Libre, à reconduire sa confiance, sans appel d’offre, sans tenir compte des critiques qui s’accumulent depuis des années. Si tel est le cas, Johanna Bondoux a donc un job assuré jusqu’en 2037 et peut-être au-delà. Quelle chance !

Par Didier PASAMONIK

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En médaillon : Franck Bondoux, délégué général du FIBD. Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD).

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