Cape rouge flottant au vent. « S » emblématique sur la poitrine. Aucun doute, ce n’est ni un oiseau, ni un avion qui s’est posé dans le vaisseau Moebius pour le FIBD 2025 : c’est Superman. Six ans après la rétrospective sur le chevalier noir, Yann Graf, ancien éditeur chez Urban Comics, se replonge dans l’univers DC comics pour raconter la vie d’un héros profondément humain et humaniste.
« Aujourd’hui, tout est plus sinistre, c’est plus facile de faire la promotion de Batman qui a une vision plus sombre de la société, » admet le commissaire de l’exposition. Mais en 2025, c’est au tour du plus ancien des super-héros d’être au centre d’une exposition immersive : « Superman, le héros aux mille-et-une vies ». Un super-héros boy scout longtemps considéré ringard mais qui est « plus d’actualité que jamais » selon Yann Graf.
Ouverte au public depuis ce jeudi 30 janvier 2025, l’exposition est coproduite par Urban Comics, le FIBD et Warner Bros. Plongés dans une pénombre presque cinématographique (obligatoire pour ne pas abîmer les œuvres), les visiteurs peuvent y découvrir 150 visuels dont 57 planches originales, prêtées par des collectionneurs, dessinées par 40 créateurs emblématiques ayant travaillé sur le personnage.
Des origines aux lectures variées
Un léger vrombissement se fait entendre. L’exposition s’ouvre sur une Krypton craquelée, au bord de l’explosion. Une navette décolle, direction la Terre. Avec ce retour sur les origines diégétiques de Kal-El, Yann Graf braque la focale les deux papas de Superman longtemps oubliés par leur maison d’édition DC Comics : le scénariste Jerry Siegel et le dessinateur Joe Shuster (dont une planche originale est exposée).
Si le duo de fils d’immigrés juifs a (inconsciemment ou non) puisé dans les récits hébraïques pour façonner leur surhomme en 1938, observer en 2025 la destruction d’une planète malgré les alertes répétées de ses scientifiques est une dramatique prémonition. « Heureusement, ça ne se passe comme ça sur Terre, ricane Yann Graf. On écoute toujours les scientifiques. »
Au milieu de décors figurant les lieux incontournables de la mythologie du personnage, les visiteurs redécouvrent les multiples versions de Clark Kent. « On voulait que les visiteurs aient l’impression d’avoir plongé dans une page de BD », sourit le commissaire d’exposition accoudé à la rambarde d’une reproduction grandeur nature du porche de la ferme des Kent à Smallville.
Pour autant, le globe du Daily Planet, la forteresse de solitude ou la cape rouge déchiquetée n’éclipsent pas les planches dessinées par Tim Sale, Andy Kubert, John Byrne ou Neal Adams. « Ce sont de grands auteurs qui ont redéfini le personnage pour qu’il colle à l’actualité de leur temps, explique Eve Serfati, scénographe de l’exposition. « On décidé de les mettre aussi en avant avec de petites capes rigides qui expliquent leur importance sur l’homme d’acier », poursuit-elle en déambulant dans la section consacrée aux ennemis du personnage.
Superman face aux problèmes de son époque
Pendant la grande dépression, Superman « réglait des problèmes sociaux, combattait des patrons peu scrupuleux », explique le commissaire de l’exposition. Puis, il est devenu le symbole de l’impérialisme étasunien promulguant dans les années 1950 la « Truth, Justice and The American Way » (littéralement la vérité, la justice et la mode de vie à l’Américaine) jusqu’à devenir un toutou obéissant de la Maison-Blanche dans les planches du Dark Knight Returns de Frank Miller (1986).
Une image patriotique dont Superman a commencé à se détacher dans ces mêmes années 1980 grâce à un ennemi particulièrement mis à l’honneur dans l’exposition : le cynique milliardaire et homme d’affaire sans super-pouvoirs Lex Luthor.
D’abord une simple variation de l’archétype du savant fou à sa création dans les années 1940, Lex Luthor devient le PDG mégalo d’une multinationale dans les années 1980 sur la plume de John Byrne, quand le néolibéralisme porté par Ronald Reagan aux États-Unis et Margaret Thatcher en Grande-Bretagne devient la pensée politique dominante. « Superman se retrouve à lutter contre un symbole du capitalisme américain », poursuit Yann Graf devant le bureau de Lex Luthor reproduit dans l’exposition.
L’homme de demain contre le retour du conservatisme ?
Au-dessus de ce bureau trône un machiavélique portrait présidentiel du PDG de LexCorp. En novembre 2000, le scénariste Jeph Loeb fait de Lex Luthor le 43e président des Etats-Unis. Le personnage devient une critique à peine voilée du Georges W. Bush arrivé dans le bureau ovale à la même période. Mais 25 ans après cette accession au pouvoir, c’est à un autre homme d’affaires ultralibéral, condamné par la justice et dangereusement en phase avec l’extrême-droite que les visiteurs pensent devant le portrait du président Luthor.
Que sera l’Homme de demain aujourd’hui ? Réponse dans les futures réinterprétations du personnage qui sont publiés chez DC comics ou dans la très attendue nouvelle adaptation cinématographique signée James Gunn.
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L’exposition “Superman : le héros aux mille-et-une vies" est visible jusqu’à la fin du FIBD au vaisseau Moebius jusqu’aau 10 mars 2025. Elle s’envolera ensuite pour Lyon.
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