Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html

Adrian Tomine : un regard épuré et juste sur la société américaine [VIDEO]

Par Didier PASAMONIK Akira OIKAWA 21 juillet 2025 
Depuis les années 1990, l’auteur américain Adrian Tomine s’impose comme l’un des grands noms du roman graphique indépendant. Né en 1974 en Californie, il commence très jeune à autopublier sa série Optic Nerve, dans laquelle il développe une écriture à la fois sèche et empathique, au service d’un univers mélancolique, peuplé de solitaires, de couples en crise et d’identités hésitantes. Exposé chez son galeriste parisien, la Galerie Martel, en juin dernier, nous l’avons rencontré pour vous.

Très vite repéré par l’éditeur canadien Drawn & Quarterly, Adrian Tomine impose son style : un trait limpide et un regard fin sur les rapports humains. Ses récits courts, souvent construits comme des nouvelles littéraires (on le compare souvent aux grands auteurs de la littérature minimaliste étasunienne), explorent les non-dits, les ruptures minuscules et les blessures invisibles du quotidien.

Ses premiers récits sont regroupés dans Les Intrus (Cornélius), un recueil qui témoigne de son regard acéré sur la jeunesse urbaine américaine et sa sensibilité, souvent futile, toujours à fleur de peau. Dans Blonde platine (Editions Delcourt), de la même façon, il aligne une série de portraits, courts comme des haïkus, de jeunes gens empêtrés dans leurs contradictions, aux sentiments amoureux pétris de frustrations. Cet album a fourni la matière en 2020 à une adaptation en film de Jacques Audiard sous le titre Les Olympiades, co-écrit avec Léa Mysius et Céline Sciamma,

Dans Scènes d’un mariage imminent, Tomine décrit bien le mariage d’un couple, dont le mari est quasiment son double, rongé par ses frustrations raciales, sexuelles et sociales. Cette comédie amère, marquée par un humour sec et des dialogues d’une grande maturité, déconstruit les stéréotypes identitaires et communautaires propres aux Etats-Unis dans un récit conjugal d’une grande lucidité et d’une précision émotionnelle inventive servie par une lisibilité clinique qui l’inscrit dans le sillage d’un Dan Clowes par exemple.

Dans le volume petit et précieux La Solitude du marathonien de la bande dessinée (Cornélius), passablement autobiographique lui aussi, il revient avec dérision sur sa vie d’auteur de bande dessinée. Son escapade angoumoisine pas vraiment spectaculaire (il avait été la victime du mémorable épisode des « faux fauves » qu’il n’évoque cependant pas) est néanmoins savoureuse.

Par Didier PASAMONIK Akira OIKAWA

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN : 9782360811847
✏️ Adrian Tomine Autofiction Etats-Unis
 
Participez à la discussion
8 Messages :
  • Merci pour ce bel et rare entretien.
    L’expo de la galerie Martel est à voir, bien sûr. Toute les œuvres exposées sont dessinées à la main, y compris le lettrage.
    Je signale par ailleurs qu’il existe un recueil des couvertures du New Yorker dessinées par Tomine.
    En effet, le dessinateur a été une victime de cette grotesque fausse remise de prix d’Angoulême. Il le raconte de manière très touchante dans La Solitude du marathonien.. Les planches originales sont exposées chez Martel.

    Répondre à ce message

    • Répondu par Gina Vanilla le 22 juillet 2025 à  17:53 :

      Il est excellent, cet auteur, j’adore !
      J’ai vu le film "Cet album a fourni la matière en 2020 à une adaptation en film de Jacques Audiard sous le titre Les Olympiades, co-écrit avec Léa Mysius et Céline Sciamma," ? Cela se passe dans le XIIIème arrondissement de Paris et non en Californie, mais l’esprit est respecté.
      Beaucoup de sensibilité et de compréhension des femmes, mais aussi de l’humour. Merci aux éditeurs français de le traduire ! J’achèterai sans doute son dernier livre, car je sais qu’il s’agit de livres que l’on peut lire et relire, toujours avec le même plaisir, comme avec certains auteurs de l’Association !

      Répondre à ce message

  • Il est amusant de voir la couverture du New Yorker dans laquelle tout le monde lit un livre en raison de vols annulés. Elle date de 2005. La même dessinée aujourd’hui représenterait tous ces passagers le nez dans leur smartphone. Et certainement pas un livre à la main. Les lecteurs sont une espèce en voie de disparition.
    C’est d’ailleurs l’un des thèmes récurrents du dernier ACME Novelty date book de Chris Ware. Tous ses croquis réalisés dans des salles d’attente montrent des personnages absorbés par leur téléphone.

    Répondre à ce message

    • Répondu le 23 juillet 2025 à  19:29 :

      Un monde dans lequel tout le monde sortait un livre de sa poche dans les salles d’attente n’a jamais existé… ou alors seulement dans l’imagination des dessinateurs du New Yorker.

      Répondre à ce message

      • Répondu par Pascal le 24 juillet 2025 à  11:20 :

        Erreur ! Vous devez être très jeune pour répondre ainsi. Je peux vous certifier qu’avant le portable, la plupart des gens (j’en fais partie) lisait un livre (pas forcément un livre de poche du reste) ou un journal ou un magazine . Et puis le dessin montre simplement que les gens lisent de moins en moins, étant scotchés sur leur télépnone (et communiquent entre eux de moins en moins..Voir dans le métro, le train, les cafés, le trottoir..

        Répondre à ce message

        • Répondu le 24 juillet 2025 à  15:35 :

          Pourquoi pas avec un journal, un livre ou un magazine, une gameboy ou rien du tout… mais une salle d’attente entière constituée de gens plongés dans un livre, ça n’a jamais existé… sauf peut-être dans les beaux quartiers de Manhattan ?

          Répondre à ce message

        • Répondu le 24 juillet 2025 à  15:37 :

          J’ai 58 ans… je ne suis donc plus très jeune. Dans votre milieu peut-être que la plupart des gens étaient des lecteurs, pas dans le mien.

          Répondre à ce message

      • Répondu par Capitaine Kérosène le 24 juillet 2025 à  11:22 :

        Vous avez raison. Il s’agit sans doute d’un fantasme.

        Répondre à ce message

CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Didier PASAMONIKAkira OIKAWA  
A LIRE AUSSI  
Interviews