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- L’Espagne est invitée d’honneur du Festival. Est-ce important pour vous ?
Oui, c’est très important. Angoulême est le festival de bande dessinée le plus important d’Europe et, pour de nombreux auteurs et éditeurs espagnols, il s’agit du principal marché de négociation de droits à l’international. Le fait d’être ici en tant qu’invité d’honneur est très important pour le prestige, la promotion et la visibilité des talents espagnols. Nous avons demandé aux institutions publiques espagnoles, notamment le Ministère espagnol de la Culture qu’elles nous aident dans cette opération.
– Comment cela se passe pour la bande dessinée en Espagne ? Quelle est l’étendue du marché ?
La bande dessinée espagnole est en pleine effervescence. Comme dans d’autres pays, elle a connu une forte croissance après la pandémie, atteignant un chiffre d’affaires record d’environ 130 millions d’euros en 2022. Ensuite, comme cela s’est produit ailleurs, il y a eu un ajustement à la baisse en 2023, et en 2024 la croissance a repris. Le bilan est donc positif.
L’année dernière, plus de 4 400 nouveaux titres de bande dessinée ont été publiés, par plus de 50 maisons d’édition spécialisées. Elles sont diffusées au travers de 200 librairies spécialisées et 122 événements dédiés à la BD... Nous pouvons dire que c’est un secteur solide, même si, bien sûr, nous sommes loin des chiffres de pays comme la France, mais nous voulons nous en approcher petit à petit.
En termes de lectorat, le dernier “ baromètre de la lecture” a été très positif, la bande dessinée étant la catégorie qui connaît la plus forte croissance, avec 13 % de la population âgée de plus de 14 ans qui lit des bandes dessinées, et 44 % chez les moins de 14 ans. Là encore, nous sommes certainement loin des chiffres français, mais il s’agit d’une croissance progressive.
- Comment le marché a-t-il évolué ces dernières années ? Avez-vous connu, comme en France, une augmentation exponentielle des mangas ?
Le marché a évolué vers une grande diversification, il y a maintenant beaucoup plus d’éditeurs qui publient des bandes dessinées, une diversité de formats, de thèmes... Bien qu’il y ait 50 maisons d’édition spécialisées, il y a plus de 300 éditeurs en Espagne qui publient des bandes dessinées tout au long de l’année.
Le profil des lecteurs a également évolué, il est désormais plus large, avec plus d’adultes, de femmes... Ce n’est plus un marché qui dépend uniquement des collectionneurs et des jeunes, comme c’était le cas il y a quelques années. Quant aux mangas, oui, c’est sans doute la catégorie qui a le plus progressé et celle qui tire les ventes, si l’on compare le nombre de sorties, elles ont pratiquement doublé depuis 2019.
L’anime est devenu très populaire sur les plateformes de streaming et cela a énormément revitalisé le segment des mangas, alors qu’il semble qu’il y a un épuisement des films de super-héros. Cela ne s’est pas produit avec l’anime : chaque année, de nouvelles propositions surprenantes arrivent qui stimulent les ventes de leurs mangas respectifs et créent des flux de lecteurs vers les librairies. Il est important de souligner que, même si l’on parle beaucoup de mangas, il y a aussi des auteurs espagnols qui obtiennent de grands succès de vente, comme Paco Roca, Miguelanxo Prado, Teresa Valero, Antonio Altarriba, Juan Díaz Canales, Juanjo Guarnido, Alfonso Zapico...
- Depuis longtemps, les auteurs espagnols se font publier en France, mais aussi aux USA, en Angleterre... Cette aptitude à l’export est elle une réalité économique encore de nos jours ? À quoi l’attribuez-vous ?
En Espagne, nous avons plus de 1 000 auteurs actifs, y compris des scénaristes, des dessinateurs, des coloristes... et beaucoup d’entre eux travaillent pour les marchés internationaux les plus importants, où ils ont remporté ces dernières années certains des prix les plus prestigieux et des titres très bien vendus.
Sur le marché français, vous connaissez très bien les talents espagnols ! Malheureusement, le marché intérieur espagnol est beaucoup plus petit que les marchés français, américain ou japonais, et il est normal que certains grands créateurs décident de produire pour d’autres marchés, même si l’ambition de notre industrie est de retenir de plus en plus de ces talents, afin que notre marché intérieur se développe et qu’à l’avenir, une œuvre comme Blacksad, par exemple, puisse être produite en Espagne.
Il est difficile de déterminer pourquoi les talents espagnols sont si populaires à l’échelle internationale, en partie parce que les conditions ici sont très difficiles pour les créateurs, par conséquent, l’effort pour se démarquer et exceller dans ce domaine, pour égaler les meilleurs auteurs internationaux, fait d’eux de grands créateurs à part entière.
– Quels sont les auteurs qui vous semblent porter au plus haut la création espagnole aujourd’hui ?
Nous vivons un moment très intéressant où les auteurs les plus anciens créent des œuvres incroyables et où la nouvelle génération d’auteurs nés dans les années 1990 est en pleine effervescence.
Parmi les auteurs établis qui font de la bande dessinée européenne, Max, Antonio Altarriba, Keko, Kim, Paco Roca, Sergio García, Miguelanxo Prado, Carlos Giménez, Daniel Torres, Max, Juanjo Guarnido, Juan Díaz Canales, Pellejero, Ana Miralles, Bartolomé Seguí, Laura Pérez Vernetti... continuent de se démarquer énormément...
D’autres, plus jeunes, mais dotés d’une grande expérience, tels que Paco Roca, Jose Luis Munuera, Jaime Martín, Roger Ibáñez, Jordi Lafebre, Salva Rubio, Teresa Valero, Ricard Efa, Javi Rey, Isaac Sánchez, Homs, Belén Ortega, Sagar, Cristina Durán, Magius, David Rubín, Hernán Migoya, Paco Sordo, Magius, Alfonso Zapico, Emma Ríos, Borja González, Jordi Carrión, Jorge García, Pau, Javier Olivares, Verónica Álvarez, Cesc Dalmases réussissent aussi des choses remarquables.
Il faut également mentionner toute une nouvelle génération d’autrices aux propositions très intéressantes, dont Ana Penyas, Sara Soler, Bea Lema, Elisabeth Karin, Ana Galvañ, Ana Oncina, Genie Espinosa, Nadia Hafid, María Medem, Miriam Monastre, Alba Cardona...
Sur le marché nord-américain, nous avons Jorge Giménez, Pepe Larraz, Rafa Sandoval, Jorge Fornés, Víctor Santos, Javier Fernández, David López, Pasqual Ferry... et dans le style manga, nous trouvons Kenny Ruiz, Xian Nu Studio, Ken Niimura, Sergio Hernández, Toni Caballero, Paloma Acosta, Konata, Fidel de Tovar, Dani Bermúdez, Ana C. Sánchez, Juan Albarrán, Carlos Moreno...
Cette liste est longue, mais elle est injuste, car il y a beaucoup d’autres auteurs qui se distinguent sur la scène espagnole et internationale de la bande dessinée.
- La France est un marché important pour vous ? Que représente-t-il à l’export ?
Oui, c’est sans aucun doute l’un des marchés de référence, c’est le principal marché d’exportation pour les éditeurs espagnols, 55 % d’entre eux vendent des droits en France et 29 % des créateurs espagnols ont publié en France au cours des cinq dernières années.
– Quelles sont les actions et les événements que vous menez à Angoulême pendant le festival ?
Le point central de nos activités sera le pavillon officiel de la place Marengo, où seront organisés des cycles de conférences et des rencontres avec des auteurs.
La délégation espagnole est composée de plus de 100 professionnels, dont la plupart sont des auteurs, et il y aura donc beaucoup de choses intéressantes à découvrir dans ce pavillon ! Dans cet espace, vous pourrez vous procurer le nouveau catalogue des droits internationaux, qui peut également être téléchargé gratuitement
Bien sûr, les expositions ne manqueront pas non plus, il y en aura une consacrée aux Prix nationaux espagnols dans le pavillon, une exposition racontant l’histoire de la bande dessinée espagnole sur le parvis de l’Hôtel de ville, une exposition sur les nouveaux auteurs féminins émergents au Musée d’Angoulême intitulée “Constellation Graphice” et nous aurons également trois œuvres exceptionnelles pour la jeunesse dans le Quartier Jeunesse : La Saga d’Atlas et Axis, Hooky et Les Héricornes.
Le soir, nous avons également mis en place un point de rencontre professionnel, “l’Espace Satellite”, où nous avons la volonté de créer un réseau entre les auteurs et les éditeurs espagnols et leurs collègues français et internationaux. L’accès à cet espace se fait uniquement sur invitation et peut être demandé auprès des responsables de la délégation.
Par Didier PASAMONIK
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