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Favori de la rédaction
10 août 2026
On pourrait reprendre à Napoléon son célèbre mot : « Quel roman que sa vie ! » Né à Paris de parents juifs d’origine polonaise et russe, René Goscinny rejoint, à l’âge de deux ans, son père installé en Argentine. Il y passe dix-sept années décisives avant de gagner New York à la mort de celui-ci. Il y demeure près de six ans, entrecoupés d’une année de service militaire en France. Ce n’est qu’à 24 ans qu’il revient définitivement à Paris pour créer, avec un autre fils d’immigrés, italien cette fois, le héros le plus français qui soit : Astérix.
Le premier tome s’attachait aux années de formation, celles d’« avant Astérix ». Après un bref rappel intitulé « L’Enfance de l’art », ce second volume s’ouvre sur la naissance du petit Gaulois et celle du journal Pilote. Défilent alors Uderzo, Sempé, Morris, Tabary, Gotlib, Bretécher, Cabu et toute la bande des « chouettes petits copains ».
Solidement documentée, Catel ne néglige ni les étapes décisives ni les acteurs essentiels de cette aventure éditoriale. Elle raconte comment une poignée de jeunes auteurs enthousiastes, soutenus par Radio Luxembourg (future RTL), lancent Pilote, avant d’être contraints d’en céder le contrôle à Georges Dargaud pour un franc symbolique. Elle retrace également l’irrésistible ascension de Goscinny dans le cinéma d’animation, puis au cinéma, sans jamais occulter le poids d’un succès qu’il porta toujours avec une remarquable simplicité.
Mais c’est sans doute le Goscinny intime qui touche le plus. Sa rencontre avec Gilberte, qui ignore alors tout de sa notoriété, son mariage tardif, l’humiliation qu’il ressent face à une partie de la rédaction de Pilote au moment de Mai 68, la naissance de sa fille Anne, et sa disparition tragique en 1977…
Puis vient l’après-Goscinny : la succession assurée par sa femme Gilberte, puis par Anne Goscinny, épaulée par Aymar du Chatenet, qui prennent en charge un héritage considérable, alors que disparaissent progressivement tous les grands compagnons de route de René.
L’album montre également l’affirmation d’Anne Goscinny comme écrivaine, avec notamment la série Lucrèce, créée avec Catel, ainsi que la fondation des éditions IMAV, où renaissent Le Petit Nicolas et Iznogoud.
Il est fascinant de mesurer qu’un homme disparu à seulement 51 ans ait laissé une œuvre d’une telle ampleur. Comme Shakespeare, Balzac ou Proust, eux aussi emportés à cet âge, René Goscinny appartient désormais à cette catégorie rarissime d’auteurs dont les personnages ont survécu à leur créateur pour entrer dans le patrimoine universel.
Par Didier PASAMONIK
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Le Roman des Goscinny T. 2 : Un Gaulois immortel – Par Catel – Grasset