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Favori de la rédaction
27 mai 2025
Comme le précise l’historienne Valérie Portheret, dont les travaux constituent la base du scénario élaboré par Arnaud Le Gouëfflec, Vous n’aurez pas les enfants est le titre du tract diffusé par la Résistance lyonnaise en réaction à la Rafle d’août 1942, pendant laquelle plusieurs centaines de Juifs étrangers furent arrêtés et enfermés dans le camp d’internement de Vénissieux avant leur transfert vers les centres de mise à mort à l’Est de l’Europe. Parmi eux, 108 enfants que des hommes et des femmes tentent de sauver en faisant jouer les rouages administratifs afin de prouver, documents officiels à l’appui, qu’ils n’entrent pas dans les critères fixés par les autorités du gouvernement français de Pétain.
Baigné dans un quasi-clair-obscur tout au long de l’album, le lecteur est entraîné dans un véritable thriller administratif. C’est dans un huis clos presque permanent que des membres de la Cimade, des religieux chrétiens et juifs, et des civils engagés dans l’Œuvre de secours aux enfants juifs mènent une véritable course contre la montre pour extraire du camp un maximum de personnes, pendant que, de leur côté, les politiciens et collabos du coin appliquent avec zèle les directives du gouvernement de Pétain. Ce dernier, qui s’est soumis aux volontés exterminatrices nazies, demande qu’on réussisse par tous les moyens à atteindre les quotas fixés par l’occupant, quitte à falsifier les documents ou en faire disparaître d’autres.
Au fur et à mesure qu’avancent les minutes, les critères de sélection des victimes deviennent de plus en plus contraignants. Vichy supprime les exemptions. Même les anciens combattants qui s’étaient battus dans et pour l’honneur de la France lors du premier conflit mondial sont réduits à leur unique condition de Juifs qu’il faut livrer aux bourreaux. Pour sauver les enfants, une décision doit être rapidement prise. Aucun enfant confié à la tutelle de l’Église ne peut être déporté. Mais les parents doivent accepter l’inacceptable : abandonner la chair de leur chair. Les scènes sont émouvantes, les séparations déchirantes.
Paradoxalement, c’est pour appuyer l’action collective de ces Justes parmi les Nations que les initiatives individuelles sont noyées dans la grande action collective de sauvetage. A contrario, certaines planches sont exclusivement consacrées à ceux qui ont œuvré à l’assassinat collectif des parents, dont le seul « crime » a été d’être nés juifs. Ainsi Pierre Laval, Alexandre Angeli, préfet du Rhône, ou son affidé intendant de police Lucien Marchais, sont mis en avant sur ces pages pour mieux montrer leur rôle inhumain et leurs ridicules arguments de défense.
L’ouvrage, mis en dessins par Olivier Balez, est une véritable réussite. La postface de l’historienne vient l’agrémenter de documents et d’informations nombreuses, notamment sur le devenir de ces enfants qui ont échappé à la mort et sur l’importance de mettre en lumière cet épisode peu connu de la guerre et de la Shoah.
Par Romain BLANDRE
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