Excellent
17 février 2026
Au centre de cette fresque, Serena Otero, vivant de romans et rêvant de romance, est désespérée de sortir de son quotidien ennuyeux de campagnarde et d’y trouver « un jeune homme beau et doux ». Ce n’est cependant pas la route d’un prince qu’elle croise, mais celle d’un chercheur de trésors dont l’obsession pour le butin légendaire du pirate Henry Morgan va peu à peu révéler un autre type de richesse : l’amour et la construction d’une famille. Puis, après plusieurs années, la BD suit Eva, leur fille adoptive. En miroir à Serena qui incarnait la nature et la tradition, Eva représente l’élan du XXᵉ siècle : déterminée, ambitieuse, elle symbolise un libéralisme et un capitalisme moderne.
Nous avons eu l’honneur de rencontrer Virginie Ollagnier, scénariste de Sucre noir, qui nous entraîne dans les coulisses de l’œuvre.
Sucre noir aborde des problématiques qui résonnent avec notre époque. La malédiction des richesses naturelles, en particulier celle du pétrole, devient une métaphore puissante dans le récit. Virginie Ollagnier parle de « Malédictions des États qui ont une pépite dans leur sous-sol ». Les rapports de force entre États, les conséquences sociales et environnementales de la course aux ressources, sont des thèmes de fond majeurs qui font toute la pertinence de l’histoire.
Graphiquement, Ricard Efa signe un dessin qui allie simplicité et finesse. Les traits, presque empreints d’une douceur enfantine, sont sublimés par un travail de lumière et de couleur très abouti. L’ensemble donne à Sucre noir un charme immédiat et poétique, tout en soulignant les tensions sociales et économiques qui secouent le Venezuela à cette époque, du développement industriel à la montée en puissance du pétrole.
Au-delà de son intrigue et de sa richesse graphique, Sucre noir offre une réflexion subtile sur la notion de trésor. Ce que l’on croit chercher n’est pas toujours ce que l’on trouve, et ce qui semble anodin ou quotidien peut se révéler précieux. Entre fable et chronique sociale, cette bande dessinée s’impose comme une lecture captivante pour tous ceux qui aiment les récits transgénérationnels ou la découverte de nouvelles cultures — en l’occurrence, celle du Venezuela, aujourd’hui dans une terrible actualité.
Par Alice D’ANDREA
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Montage : Rémi Barnault