Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Favori de la rédaction
24 février 2026
L’histoire démarre à la fin du XIXe siècle, au fin fond des Caraïbes, quand l’une des héroïnes, Serena Otero, n’a que six ans et grandit dans une famille fabriquant du rhum à partir de la canne à sucre. Nous la suivons adolescente, rêvant d’un grand amour romantique. Elle est confrontée à des hommes aventureux cherchant un trésor caché dans le bateau du pirate Henry Morgan, échoué en pleine forêt, et elle se marie avec l’un d’eux.
Plus tard, elle adopte une petite fille sauvée d’un incendie, qu’elle appellera Eva Fuego. Celle-ci devient une redoutable femme d’affaires qui participe activement au développement économique de son pays, le Venezuela, où l’exploitation du pétrole se met à concurrencer le commerce du rhum, et où les luttes pour le pouvoir et l’argent s’exacerbent.
L’histoire est émaillée de nombreuses péripéties, heureuses et malheureuses, et se termine tristement, alors que Serena est devenue une vieille femme. Cette foisonnante saga familiale n’est pas sans rappeler les œuvres du formidable écrivain colombien Gabriel García Márquez, en particulier son ébouriffante fresque Cent ans de solitude. On y retrouve ce que les critiques littéraires appellent le « réalisme magique », qui mêle la description de la réalité la plus triviale aux délires des rêves et de l’imagination.
Et, au fond, le vrai trésor est peut-être le sens que chacun des protagonistes cherche à donner à sa vie. La prouesse de ce roman graphique de 160 pages, scénarisé par l’autrice Virginie Ollagnier (née à Lyon en 1970), est d’avoir réussi à raconter cette histoire, se déroulant sur plusieurs décennies et composée de nombreux personnages (en particulier féminins) hauts en couleurs, sans utiliser aucun cartouche qui alourdirait la narration.
De nombreux détails dans les images et une radio antique, qui égrène les actualités politiques du pays, permettent de se situer dans le temps. Cependant, ce scénario, très habile, n’évite pas, à certains moments, la confusion et le flou, pouvant aller jusqu’à une rupture complète dans la narration. Ainsi en est-il à la fin de la page 114, par exemple… Nous sommes loin des pages surchargées de bulles et de cartouches des deux précédents albums dessinés par Ricard Efa (de son vrai nom Ricard Fernandez, né en 1976 en Espagne) sur Monet (2017) et Degas (2021), où les textes, envahissants, encerclaient l’image au point de l’étouffer.
Ici, le bédéiste peut laisser éclater son talent dans des planches somptueuses, au dessin d’un réalisme élégant et chatoyant, et aux lumineuses couleurs directes. On aurait d’ailleurs aimé un format d’album plus grand pour les mettre davantage en valeur…
Une très belle réussite, donc, à lire avec délice !
Par Benoit MARCHON
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Lire notre interview de l’autrice : Virginie Ollagnier (Sucre noir) : « La quête d’un trésor » [PODCAST]
Participez à la discussion