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7 février 2026
C’est pourtant par son enterrement que l’on entre dans cette épopée. À l’été 1946, son corps est rapatrié en France. Madeleine est morte. Officiellement, elle est décédée dans un accident de voiture en Pologne. Mais les membres de l’Escadron bleu, ces infirmières qui ont accompagné Madeleine en Europe de l’Est, n’y croient pas. Elles connaissent parfaitement l’engagement de cette dernière et savent que sa présence devait gêner le nouveau gouvernement polonais affidé à Staline.
Quelques mois auparavant, Madeleine Pauliac avait été convoquée par les autorités militaires françaises sous la direction de Charles De Gaulle. On lui confiait la mission de rapatrier les victimes françaises restées à l’Est de l’Europe afin de les ramener en France pour être soignées.
C’est ainsi que, à bord d’ambulances de la Croix-Rouge française, dans un groupe composé d’une dizaine d’autres jeunes femmes en uniforme bleu, cet escadron allait suivre de près l’avancée des troupes alliées pour retrouver les Français prisonniers ou engagés dans l’armée et qui n’avaient pu poursuivre les combats.
L’Escadron bleu doit faire face à toute une série de péripéties et d’obstacles qui ont ponctué sa pérégrination à travers une Europe de l’Est dévastée par la guerre. Il faut d’abord s’imposer et résister aux pressions et sarcasmes des militaires qui ne voient en des femmes que des proies pour assouvir leurs désirs sexuels. Il faut aussi que ces soignantes encaissent les terribles confessions des autres femmes agressées et violées, d’abord par les nazis en fuite, puis par les Soviétiques qui « libèrent » les pays de l’Est. Elles doivent assister le médecin-chef qui « ne fait que recoudre des périnées » et accoucher des religieuses, elles aussi violées, tout en tentant de leur faire accepter, malgré elle, le fait qu’elles doivent continuer à vivre alors qu’elles avaient pris la décision de vouer leur corps et leur âme à Dieu.
Tout en traversant l’Allemagne, l’escadron découvre les camps de concentration. Dachau tout d’abord où l’horreur supplante rapidement la stupéfaction ressentie devant les tas de cadavres aperçus dans les pièces qui servaient de morgues aux nazis. Puis c’est Treblinka en Pologne.
Un nouvel ennemi, jusque-là allié, se découvre au grand jour dans le pays soumis aux Soviétiques. Sous prétexte que De Gaulle n’a pas reconnu le nouveau gouvernement, on interdit le rapatriement des Français blessés ou emprisonnés ici. La tâche est d’autant plus difficile pour Madeleine et ses sœurs d’engagement que ces Français-là sont enfermés à Tambov dans un camp de prisonniers car ils ont combattu aux cotés des nazis et sont considérés comme tels par les nouveaux maitres du pays. Peu importe de savoir qu’ils ont été incorporés de force dans la Wehrmacht parce qu’Alsaciens ou Mosellans. Madeleine devra trouver les moyens de contourner les difficultés pour les ramener en France.
À l’instar de la couverture, les tonalités choisies par Yan Le Pon sont très claires et très belles. Chaque planche foisonne de vignettes qui dynamisent une histoire qui se déroule sur les chapeaux de roue. Chaque avancée, chaque épisode de cette odyssée, chaque paysage parfaitement représenté est traversé par le cortège des ambulances qui se dirigent vers l’Est jusqu’au tout dernier convoi qui, cette fois, repart dans l’autre sens, sans Madeleine.
Certains passages très émouvants, sont particulièrement marquants et contribuent à la force de cette histoire qu’il est indispensable de découvrir. Un très beau roman graphique inspiré du récit de Philippe Maynial et superbement adapté par Virgine Ollagnier.
Par Romain BLANDRE
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