L’Académie et la bande dessinée, c’est une histoire qui dure depuis l’élection en 2021 de l’historien Pascal Ory au 32e fauteuil de l’Académie Française, suivie de celles de Catherine Meurisse, d’Emmanuel Guibert et de Marjanne Satrapi à l’Académie des Beaux-Arts (cette dernière dans la section Cinéma tandis que Thierry Groensteen devient correspondant de la section la section « gravure et dessin »).
La bande dessinée est donc passée d’un art marginal, méprisé voire vilipendé, à un vecteur reconnu de transmission des savoirs graphiques et littéraires qui entre désormais dans le temple de l’excellence culturelle. Cette année, l’Institut de France réunit ses cinq académies autour du neuvième art : l’Académie française, l’Académie des inscriptions et belles-lettres, l’Académie des sciences, l’Académie des beaux-arts, et l’Académie des sciences morales et politiques.
La bande dessinée n’est plus seulement un objet populaire qui recueille, selon le mot de Pascal Ory, « le suffrage universel du succès » mais un langage artistique à part entière susceptible d’être interrogé comme objet culturel, au même titre que les autres savoirs.
Un programme connecté à l’actualité
En cette année particulière où le Festival International de la BD d’Angoulême a été suspendu, la programmation du 14 mars ne se limite pas à une célébration patrimoniale. Ainsi, le Prix Goscinny qui devait être proclamé lors de l’événement angoumoisin, sera remis cette année à l’Institut qui en profitera pour rendre hommage au génie créateur d’Astérix, du Petit Nicolas et d’Iznogoud.
Autre réplique de la crise charentaise : les tables rondes qui abordent les sujets bien contemporains des conditions économiques des auteurs, de la place des femmes dans le médium, de l’impact de l’intelligence artificielle sur les pratiques du métier, et même… de l’avenir du Festival d’Angoulême !
Ce déplacement du débat vers l’Institut de France est en soi révélateur. Lieu historiquement associé à la légitimité culturelle, ses inspirateurs en font momentanément une tribune où se dessine une réflexion sur les orientations futures du 9e art. La présence d’éditeurs, de chercheurs et de représentants du secteur suggère une volonté de structurer la réflexion autour de la bande dessinée, bien au-delà du simple hommage.
L’après-midi consacré à la création contemporaine, confirme cette approche : réflexion sur la BD comme outil de diffusion des savoirs par exemple son focus sur le manga français ou encore sa rencontre d’atelier avec Catherine Meurisse.
Le centenaire de la naissance de René Goscinny
Quoi de plus emblématique que la célébration du centenaire de la naissance de René Goscinny à l’académie ? Pascal Ory en a été son biographe et Emmanuel Guibert lauréat de l’un de ses premiers prix : « Nous sommes tous des enfants de Goscinny ! » dit-il.
Figure fédératrice, à la fois populaire et reconnue par les institutions, Goscinny incarne toutes les vertus de la bande dessinée : l’humour, l’esprit, la langue en parfaite osmose avec le dessin, qu’il soit signé Uderzo, Sempé, Gotlib, Tabary ou Morris (dont on fête les 80 ans de Lucky Luke cette année). On y ajoute le point de vue critique qui fait de cet auteur né de l’immigration un parfait représentant de l’histoire culturelle de la nation française. La remise exceptionnelle des Prix Goscinny à l’Institut de France souligne l’importance accordée au scénario, longtemps relégué au second plan dans le discours critique français.
Deux journées gratuites et bien remplies !
En ouvrant ses portes à des marathons de la BD, à des rencontres avec des artistes, à des séances de dédicaces, et à sa journée dédiée aux scolaires et aux enseignants, l’Institut s’attache à présenter la bande dessinée comme un outil pédagogique et un vecteur de diffusion des savoirs dans toute sa dimension patrimoniale, éducative mais aussi politique, voire subversive, car l’interaction entre le texte et l’image instaure une distance qui mène le lecteur à la réflexion.
Une approche bien utile face au déclin de la lecture, à l’atomisation anarchique des savoirs, et l’érosion de l’esprit critique et qui nous permettra, chemin faisant, de découvrir l’un des monuments culturels les plus emblématiques situé au cœur de Paris.
LA BANDE DESSINÉE À L’INSTITUT DE FRANCE – LE PROGRAMME
Vendredi 13 mars 2026 — Scolaires & enseignants
Auditorium de l’Institut de France
Pour les classes
9h30 – 11h : Voleur de feu et Les Cahiers de Douai — rencontre avec Damien Cuvillier + conférence dessinée.
11h15 – 11h55 : Présentations des élèves (poésie & BD).
Pour les enseignants
14h – 15h : Histoire de la BD — origines et périodisation.
15h – 16h : Travailler la BD à partir de sa narration.
16h – 16h30 : Projet « Calculottées ».
16h30 – 16h45 : Les outils de demain — Fondation pour l’écriture.
Samedi 14 mars 2026 — Tout public
AUDITORIUM A. & L. BETTENCOURT — CONFERENCES PRINCIPALES
9h30 – 11h
,Ouverture par Xavier Darcos chancelier de l’Institut de France
Table ronde : La BD, histoire d’une légitimation culturelle
Marathon de la BD
11h15 – 12h45
• Table ronde : Défis des auteurs aujourd’hui
• Table ronde : Imaginer le Festival d’Angoulême de demain
14h30 – 16h30
Les voies de la création contemporaine
• Table ronde : La BD pour diffuser les savoirs ?
Marathon de la BD
• Dans l’atelier de Catherine Meurisse
17h – 18h30
Hommage à René Goscinny (1926-2026)
• Témoignages, projections
• Remise des Prix Goscinny
SALLE HUGOT — RENCONTRES
9h30 – 10h45
• Rencontre avec Brigitte Findakly (coloriste).
11h15 – 12h30
• Rencontre avec Michel-Édouard Leclerc & Lucas Hureau (collection).
14h30 – 15h30
• Rencontre autour du manga français.
16h – 17h
• Rencontre « métier de scénariste ».
GRANDE HALLE DE L’AUDITORIUM
Librairie de l’Institut
• Séances de dédicaces avec Fabcaro, Anne Goscinny, Emmanuel Guibert, Catherine Meurisse, Tiphaine Rivière, etc.
Par Didier PASAMONIK
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Photos : D. Pasamonik (ActuaBD)
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