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Bon
26 février 2025
Avis aux habitués de l’échoppe des bords de Seine à Paris qui porte le même nom depuis des années, le Shakespeare and Co dont parle l’ouvrage, celui qui fut la forteresse de l’avant-garde littéraire, se situait au 12 rue de l’Odéon. Pour éviter toute confusion, l’actuel Shakespeare and Co, fièrement établi au 37 rue de la Bûcherie s’appelait autrefois Le Mistral et fut fondé par le célèbre poète Walt Whitman en 1951. Celui qui vit naître Ulysse de James Joyce, accueillit les rodomontades de jeunes écrivains passés à la postérité et les charmantes amours de Sylvia Beach et Adrienne Monier, n’existent plus que dans la mémoire des pavés et façades du quartier latin.
Une poésie discrète et d’autant plus appréciée
L’ouvrage prend de nombreuses libertés par rapport à la réalité des faits et s’offre un soupçon de magie en certaines occasions. D’informations et données purement historiques concernant Sylvia Beach, la scénariste Emilia Cinzia Perri tire des fantaisies narratives aussi burlesques qu’attachantes. Les maux de têtes fréquents dont souffrait bel et bien la libraire prennent les traits de l’illustre William Shakespeare qui donna son nom à l’enseigne mythique.
De même, lorsque Sylvia est transportée par la lecture, elle l’est au sens propre dans l’ouvrage et se met à flotter dans les airs, aussi légère et délicate que les mots qui la traversent. La jeune librairie fait preuve d’une imagination débordante qui lui fait voir des lapins anthropomorphes en la personne d’un couple de voisins et vivre de véritables orages métaphoriques lors de sa dispute avec James Joyce. Dur de rester sur terre pour cette Alice au pays des merveilles que la littérature entraîne sans répit dans le trou du lapin blanc.
Rester fidèle à l’institution et aux personnages
Remettre au goût du jour une figure de l’ombre en littérature, voilà l’ambitieux défi que se sont lancés la scénariste Emilia Cinzia Perri et l’illustratrice Vanni Silvia dans Sylvia, Shakespeare & Co. Demeurée dans l’ombre de ses illustres amis, parmi lesquels figurent André Gide, Ernest Hemingway, Gertrude Stein, Ezra Pound et autres poids lourds de la littérature du début du XXe siècle, la fondatrice de l’enseigne Shakespeare and Co a pourtant eu une trajectoire de vie tout aussi haute en couleur.
Traverser plusieurs fois l’Atlantique, parfois seule, ouvrir sa propre librairie, assumer presque ouvertement une relation amoureuse lesbienne avec Adrienne Monier, se lancer dans l’édition et la publication d’un ouvrage aussi exigeant que Ulysse sans expérience au préalable dans l’édition... Sylvia Beach était une femme qui ne manquait pas de trempe et qui a su séduire plusieurs générations d’auteurs et autrices en tout genre, anglophones comme français. Et pour séduire la nouvelle génération, l’illustratrice a fait le choix d’une palette de couleurs pastel et d’un trait naïf, à mi-chemin entre le manga et le comic strip.
Par Anthea MARIANI
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Sylvia, Shakespeare & Co - Emilia Cinzia Perri (scénario) et Vanni Silvia (illustration) - éditions Vuibert
Parution : 16 janvier 2025
Nombre de pages : 176
Prix : 22,50 €