Favori de la rédaction
27 février 2025
Alors que le pays entier est en ruines, ravagé par les épidémies, alors que les armées rivales et les troupes de diverses interventions étrangères se combattent sans merci, Yuri, un ex-anar rallié à la révolution comme bien d’autres, est chargé par Nikita, un ami d’enfance devenu chef de guerre dans l’armée rouge, d’une mission particulière : il doit liquider l’unique survivante de la famille impériale. Nadejda Nikolaïevna Romanova (Nadya) est gardée par les Blancs dans un train blindé à Mourmansk.
Pourtant la suite de la mission va s’avérer plus compliquée que prévu. La grande-duchesse est certes au départ une peste arrogante, suintant l’orgueil de sa caste, mais elle est aussi une très jeune enfant, que Yuri va enlever puis emmener dans les profondeurs des forêts, redressant progressivement son éducation.
Très vite, le chemin des fugitifs croise les forces du monde obscur : le Tchernobog (« Dieu noir »), divinité des ténèbres, son fils le Kochtcheï, espèce de golem gigantesque et cannibale passé sous le contrôle de Nikita ou encore diverses sorcières. Les rêves, les esprits, leur présence dans les paysages vont occuper très vite la première place, la fin des pages relatant les affrontements militaires, bordées de noir. Pour se défendre, le cosaque Yuri et la fille du tsar n’auront que leur courage, et l’aide de Platon, un cheval magique, prêt à tout pour leur venir en aide. Loin des clichés habituels, tous les personnages sont habités de ressentiments douloureux : un père déchu pour Nikita, une amoureuse suicidée, croit-on, pour Yuri. Seule la princesse mal élevée s’en sort plutôt bien.
Sur cette trame, Melody Cisinski a construit des scènes folles, comme ce wagon impérial surmonté d’une coupole digne de la cathédrale Saint-Basile-le-Bienheureux ou comme ces moments d’action survoltée, traités en longues séquences muettes aux angles expressionnistes (voir page 21).
Formée en histoire de l’art et en techniques d’animation, la créatrice use des outils du manga (têtes grimaçantes, bouches géantes, cases obliques, actions frénétiques) qui donnent à sa narration une dimension très vivante.
Les dernières pages, reliant le mythe apocalyptique du Tchernobog et la folie technologique sans borne de notre époque, ajoutent à l’album une invitation à réfléchir.
Par Marcelin SWITCH
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Participez à la discussion