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Sylvain Chomet, réalisateur : « La composante intéressante, et propre à ce médium, est souvent le rapport à l’enfance. »

Par Anna Blume 15 octobre 2025 
Rompu à l’exercice de la bande dessinée, c’est aujourd’hui pour ses films d’animation qu’il est le plus reconnu, dont l’incontournable « Les Triplettes de Belleville ». Avec « Marcel et Monsieur Pagnol », Sylvain Chomet s’affranchit des codes du biopic pour imaginer les contours d’un portrait intime et sensible de l’écrivain. Il embrasse la mythologie Pagnol à bras le corps et propose une fresque solaire. Un entretien rare avec un créateur convaincu.

Pagnol, un sujet vaste, massif…pour le traiter, le réalisateur a choisi de nous montrer, initialement, un homme vieillissant qui va recevoir la commande de la rédactrice en chef d’un grand magazine féminin pour l’écriture d’un feuilleton littéraire, dans lequel il pourra raconter son enfance, sa Provence, ses premières amours…Ses souvenirs resurgiront alors au fil des mots.

Comment aborder la vie de Marcel Pagnol ? Comment faire des choix dans cet ensemble foisonnant ?

Au début, je devais réaliser un documentaire sur le sujet, ce ne devait pas être un film d’animation. C’était un compromis en réalité, avec des archives et des séquences animées. Au final, c’est le contraire qui est arrivé : un long métrage d’animation avec des archives dedans. Le postulat de départ a complètement évolué, et l’écriture du projet aussi. La composante intéressante, et propre à ce médium, est souvent le rapport à l’enfance. Cette idée d’avoir un Marcel vieillissant s’adressant à un Marcel enfant m’a donc d’emblée parue pertinente.

Tout est documenté et vrai dans ce film. Je me suis basé sur un corpus d’archives conséquent et bien sûr, sur les textes de l’auteur. J’avais à cœur de conserver son ton, sa voix.

Une œuvre et un ton qui sont pluriels in fine ?

Oui complètement, il y a beaucoup de théâtre chez Marcel Pagnol, c’est aussi un film sur son passage, son évolution, du théâtre vers le cinéma. Quand celui-ci quitte les planches à la fin des années 20, il est l’un des dramaturges français les plus connus. Il s’intéresse à ce médium, envers et contre tous, du fait aussi de son intérêt pour les dialogues, là où pour beaucoup, le cinéma se devait d’être muet.

Il est d’ailleurs intéressant de constater qu’il est finalement devenu écrivain très tard dans sa vie à 61 ans. Il disait qu’il ne s’en sentait pas capable. Dans l’imaginaire collectif, c’est avant tout cette dernière activité qui a été retenue, du fait peut-être de son entrée à l’Académie française.

Est-ce qu’il bénéficie d’une belle postérité selon vous ?

J’ai l’impression que le travail de Marcel Pagnol demeure vraiment populaire. Mais qu’il est nécessaire de le redécouvrir encore davantage. Ses œuvres sont souvent dramatiques, mais avec un verbe qui reste léger. Si vous prenez Naïs par exemple, les 5 premières minutes sont d’une violence assez rare. Il partageait un vrai propos sur la condition des femmes, lequel était avant-gardiste pour l’époque, notamment à propos des personnages de fille-mère, comme dans La Fille du puisatier, ou dans Fanny et Marius. Sans même évoquer Manon des sources… Les antagonistes sont en revanche souvent de jeunes premiers, beaux, arrogants, détestables…

Le sujet des femmes prime en fait souvent sur celui de l’enfance. Même dans Les Souvenirs, il brosse davantage un portrait de sa mère qu’un récit de sa jeunesse. Il l’a perdue très jeune, à 15 ans, suite à ça, il l’a cherchée toute sa vie.

Il avait aussi un don pour trouver des figures ?

Évidemment, surtout quand on pense à tous les grands personnages qu’il a créés avec Raimu, avec Fernandel…des comédiens à l’aise dans tous les registres. Pagnol avait beaucoup d’audace, c’était un excellent directeur d’acteurs et il avait toute confiance en eux pour incarner les personnages qu’il écrivait.

Quel est aujourd’hui votre rapport au dessin ?

Je dessine énormément pour faire mes films, forcément. Pour le storyboard par exemple, qui est un exercice que j’adore car j’ai l’impression de revenir à la bande dessinée. Je mets autant d’efforts dans un storyboard que j’en mettais dans la bande dessinée en fait. L’animation est une pratique plus rébarbative…En revanche je ne suis pas un forcené du dessin comme l’est Bill Plympton par exemple. Je me plais plus à bâtir des personnages, imaginer des expressions des postures, des décors…

Voir en ligne : Vers la bande annonce du film

Par Anna Blume

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Code EAN :

Un film de SYLVAIN CHOMET d’après les récits autobiographiques de MARCEL PAGNOL

AU CINÉMA LE 15 OCTOBRE 2025

France – Luxembourg - Belgique– Durée : 1h30

Merci à AR Press d’avoir rendu cet entretien possible, et à Sylvain Chomet bien sûr !

✍ Sylvain Chomet Cinéma Histoire littéraire France
 
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