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Très bon
15 août 2026
À la suite d’une expérience qui a mal tourné, Lex Luthor se retrouve condamné par une maladie dégénérative que personne ne semble en mesure de soigner. Fidèle à ses principes plutôt qu’à sa rancune, Clark Kent décide de tout tenter pour sauver l’homme qui a consacré sa vie à le détruire. Commence alors un voyage à travers l’univers DC : mondes futuristes, civilisations magiques, technologies amazones et atlantes, à la recherche d’un remède impossible qui va mettre à l’épreuve autant le corps de Luthor que l’âme des deux hommes.
Mark Waid construit un récit qui prend le contrepied de ce que l’on attend d’un face-à-face entre Superman et Luthor : l’Homme d’Acier, pourtant l’être physiquement le plus fort de l’univers DC, passe l’essentiel du tome à devoir se servir de sa tête plutôt que de ses poings, ce qui transforme l’album en une véritable leçon d’humanité.
Le véritable tour de force reste le traitement de Luthor lui-même : ses luttes intérieures, bien connues des lecteurs de longue date, sont retravaillées pour donner de l’épaisseur à un personnage qui se complaît dans sa mégalomanie. Le voyage que les deux hommes entreprennent sert aussi de prétexte à une tournée des amis et alliés de Superman, offrant un large éventail d’environnements portés par un dessin assuré et détaillé.
Au-delà de l’intrigue, l’album interroge frontalement ce qui définit un héros aux yeux de son pire ennemi. Depuis plusieurs décennies, Superman et Luthor se construisent l’un par rapport à l’autre à travers une série d’oppositions : l’intelligence contre la force brute, l’égoïsme contre l’altruisme.
C’est ce qui donne au récit son ton particulier : moins un affrontement qu’un règlement de comptes intime, où chaque étape du voyage sert à déconstruire un peu plus l’image que les deux hommes se font l’un de l’autre.
La mort de Luthor, que l’on sent venir dès les premières pages, apporte tout le poids dramatique nécessaire pour matérialiser le basculement idéologique de l’antagoniste, sans pour autant offrir de happy end classique. Superman, lui, survit. Car, assurément, tuer l’icône reviendrait à tuer le message qu’elle porte.
Le récit s’amuse d’ailleurs à dévier de cette trajectoire annoncée : après avoir absorbé une partie des pouvoirs de Superman, Luthor retrouve un temps sa vitalité avant de finalement se sacrifier pour sauver son ennemi de toujours, maintenant ainsi la tension jusqu’aux dernières pages.
Seul bémol : l’arrivée tardive de Brainiac comme véritable commanditaire du complot paraît un peu facile et fait basculer le conflit idéologique vers une action plus classique, un choix de rythme qui reste, en définitive, affaire de sensibilité.
Brainiac reviendra un jour, c’est certain ; mais aujourd’hui, un homme est mort après avoir fini par voir la lumière, dans un sacrifice qu’il n’aurait jamais imaginé accomplir.
Par Quentin GUILLIER
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