Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Bon
17 juillet 2026
Sous un magnolia en fleur est un recueil de vingt histoires courtes que Golo Zhao a dessinées sur plus d’une décennie, réunies pour la première fois en français chez Glénat.
Le fil conducteur n’est pas une intrigue continue, mais une mosaïque de souvenirs : petits riens du quotidien, rencontres fortuites, retrouvailles, blessures intimes, toujours ancrés dans une Chine urbaine et côtière, filtrée par la mémoire.
La nouvelle qui donne son titre à l’album ouvre le recueil sur une scène simple : au mois de mars, dans un grand parc public, une jeune femme se promène sous un magnolia en fleur. Le vent secoue les pétales, certains tourbillonnent avant de se poser au sol ; elle les ramasse comme on engrange des preuves d’un moment trop beau pour être laissé filer, jusqu’à ce qu’un ancien camarade de classe la reconnaisse et vienne briser cette bulle suspendue. Entre banalités et nouvelles d’anciens amis : un couple qui se marie, une représentante de classe oubliée, une romance de lycée longtemps tenue secrète, la discussion fait remonter à la surface les souvenirs des années d’école, avec ses hiérarchies, ses crushs murmurés et ses non-dits.
La première partie du volume aligne ainsi des tranches de vie presque impressionnistes, où la narration se met en retrait pour laisser la place aux sensations. On y retrouve par exemple la réminiscence culinaire des “qing tuan de grand-mère”, ravivée par la simple vue d’une herbe sauvage, l’Hemisteptia lyrata, ou encore la quête obstinée d’un café glacé sous une canicule qui semble ne jamais finir. Ce sont des histoires où il se passe peu de choses au sens strict, mais où le moindre geste — une boisson qu’on cherche, une odeur qu’on retrouve, un trajet qui s’éternise — devient prétexte pour capter le mouvement perpétuel du temps qui passe.
La seconde moitié du recueil bascule dans des récits plus construits, sans renoncer à cette atmosphère flottante. Dans un décor de “gilou” (ces bâtiments à arcades typiques de certaines régions côtières chinoises), le jeune Ming Jun recroise une amie d’enfance disparue brusquement des années plus tôt, et les retrouvailles font remonter tout un passé commun oublié.
Ailleurs, dans “La petite forêt”, Xiro-Qie et Xiao-Zhi reviennent sur un épisode enfoui de leur enfance à l’ombre d’un banian immense, et mettent enfin des mots sur un souvenir traumatique trop longtemps tenu à distance.
Les thèmes se répondent d’une nouvelle à l’autre : le manque affectif dans une histoire où une jeune femme, assise seule dans un restaurant nommé “Tête de nouilles”, tente de verbaliser ce vide qu’on traîne sans savoir comment le remplir ; le lien au surnaturel ou à l’imaginaire dans “Concerto pour violoncelle”, où le “monstre de la pluie” aperçu dans l’épisode précédent semble presque exaucer le vœu de Jian. Certaines histoires se contentent d’un coucher de soleil sur une gare routière, d’un jour de pluie partagé, de retrouvailles entre amis dans une “petite forêt” : autant de variations sur la façon dont nos vies se tissent de micro-événements qui prennent une densité inespérée une fois mis en images.
Visuellement, Zhao module son trait et ses couleurs en fonction de chaque nouvelle. Certaines planches explosent en palettes vives, comme dans “Adopte un poisson”, où les couleurs saturées traduisent l’émerveillement enfantin et l’attachement à un animal minuscule, tandis que d’autres adoptent une approche quasi monochrome, comme dans “Le nectar de rehmannia”, où la restriction chromatique renforce l’idée de souvenir précis, presque photographique. La mise en page reste sobre, alternant pleines pages contemplatives et séquences plus découpées, très cinématographiques, qui jouent sur le rythme des gestes et des regards plus que sur les rebondissements.
Cet ouvrage de 368 pages se lit comme un journal intime éclaté : rien n’est daté, mais l’on devine, en filigrane, l’évolution de l’auteur, de ses centres d’intérêt et de sa manière de saisir le réel au fil de ces dix années de production.
On en retiendra la délicatesse avec laquelle Golo Zhao capte la poésie du quotidien : une promenade sous un arbre, un trajet en bus, une averse, un repas pris seul au restaurant deviennent les pierres de touche d’une réflexion discrète sur le temps, l’amour et la solitude.
Par Milan MORALES
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.