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Excellent
16 septembre 2024
Paris, 4 février 1907. Une fillette disparaît du côté de Ba-Ta-Clan. La sûreté est sur le coup. En cet âge d’or de la presse française, les reporters aussi. L’un deux, Valentin, qui incarne un petit reporter – méprisé – de l’époque, s’apprête à partir en voyage de noces avec sa jeune épouse Marguerite. Son directeur le prie de bien vouloir repousser son départ. L’affaire s’annonce sensationnelle, propre à dynamiser les ventes de son journal. Il a besoin de lui. Accompagné d’une illustratrice, Lénonie, Valentin enquête. Avec eux, nous suivons les développements d’un des plus grands faits divers de la Belle Époque : l’affaire Soleilland, du nom de celui qui – la police en est vite convaincue – a violé et tué la fillette. Une affaire qui a provoqué un vif émoi dans toute la la France de 1907 comme atteste le nombre incommensurable de personnes présentes aux obsèques de la petite Marthe : entre 50 000 et 100 000 selon les estimations de l’époque.
Une presse qui cherche à faire du chiffre
À partir de ce récit, on découvre ce que signifiait la presse en ce temps-là : la concurrence des grands journaux populaires, le statut social des petits reporters, l’invention du sensationnalisme et le goût pour les affaires criminelles. Surtout, les auteurs analysent les ressorts politiques de ce sensationnalisme. Pourquoi l’affaire Soleilland a-t-elle passionné les grands journaux ? Pourquoi y a-t-il eu tant de crimes à la une, dans une société qui n’a jamais été aussi policée ? Comme le découvre vite Valentin, Marguerite et Léonie, l’enjeu de l’affaire dépasse de loin le cas Soleilland. En 1907, le président de la République, Armand Fallières, et le président du Conseil Georges Clémenceau, s’apprêtent à déposer un projet d’abolition de la peine de mort. Le succès de l’affaire Soleilland s’explique : il s’agit de faire prendre conscience aux lecteurs et aux lectrices des journaux que la peine de mort protège la société. En ce mois de février 1907, nous assistons à l’émergence d’un objet politique neuf, au croisement du régime démocratique et du système médiatique modernes – un objet qui n’a pas fini de produire ses effets délétères par le truchement de son instrumentalisation dans le débat public : le thème politique de l’insécurité.
1907 : une année vecteur de changement sociétal et politique
À travers un récit tiré d’une histoire criminelle véridique, les auteurs ne lésinent pas sur les changements d’une époque dans la manière de procéder au métier de reporter (journalisme à l’américaine, apparition de l’interview, sensationnalisme, médisance, exagération des faits, journalisme jaune, etc.). Sont évoquées, de surcroît, les grandes dates de la transformation de la presse : invention du fait-divers moderne avec l’affaire Troppmann (1870), l’émergence des premiers personnages romanesques de reporters avec le Michel Strogoff de Jules Vernes (1876), l’apparition de l’interview avec Le Matin (1884), le scandale financier de Panama (1892), l’avènement du premier reporter héros de roman policier dans Le Mystère de la chambre jaune (1907) tout droit sorti de l’imaginaire du journaliste Gaston Leroux…
Nous sommes ainsi témoins d’un examen historique et rétrospectif qui, au-delà du changement dans le monde du journalisme, débouche dans une période de mutation sociétale et politique : le projet de loi pour l’abolition de la peine de mort, comme on l’a dit, mais aussi la reconnaissance de l’infanticide, l’accès restreint aux morgues pour le public, ou encore la création de brigades régionales de police mobile.
En travaillant avec la technique à la gouache, Hugues Micol privilégie un dynamisme dans le dessin par l’obtention d’un bel éventail d’effets où fluidité des mouvements, couleurs fortes et traits relevés caractérisent une œuvre-tableau en illustrant à merveille une époque où les seules traces restantes se comptent en photographie en noir et blanc…. En somme, vous ferez un beau voyage dans une époque clinquante, mais surtout remuée de fond en comble par un fait divers des plus troublants !
Par Jessy LEMESLE
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Les Crieurs du crime - La Belle Epoque du fait divers - est le 5e opus de la collection La Découverte-Delcourt
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