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Très bon
13 mai 2026
Adulte accompli, mari et père, Louis pose ses valises avec les siens dans la maison de vacances de ses dix ans, ce coin de bord de mer des années 70 où un été suspendu avait scellé les derniers feux de son enfance. Accompagné jadis de son père, de son oncle et de sa tante, sous un soleil radieux et des rires salés, il avait croisé la route d’une étrange recluse : la soi-disant sorcière de la maison en haut de la colline, près de la falaise, murmurant aux morts et aux âmes égarées.
Renouer l’enfance : vagues de nostalgie et falaises hantées
Pensant renouer avec d’heureux souvenirs, Louis replonge dans ces lieux chargés de mémoire, mais la marée haute du passé remonte, entre tendres éclats de plage, douleurs enfouies et révélations qui ont forgé l’homme qu’il est.
Ce retour aux sources devient un sacerdoce intime, où la nostalgie seventies, ces vacances en bord de mer reconstituées avec émotion, humour et larmes à l’œil, dissèque les strates de l’âme. Entre anecdotes ensoleillées et silences lourds, Louis solde son passé, transformant la falaise en miroir dans lequel l’enfant inoubliable dialogue avec l’adulte résilient.
Zabus et Bodart : alchimie d’un sommet graphique
Vincent Zabus, ex-professeur de littérature passé maître du théâtre et inlassable amoureux de la BD, déploie ici sa plume sensible, fidèle à des pépites comme Le Monde selon François, Agathe Saugrenu, Macaroni !, Magritte, Nos rives partagées, et tout récemment Les Petits Métiers méconnus en tandem avec Alfred. Chez Dupuis, en 2026, il orchestre un récit intemporel, dramatique et touchant, où derrière l’anecdote estivale se révèlent les émotions pures de l’humanité : le passage de l’enfance à l’âge adulte, la résilience face à la perte de la mère et les ombres du passé.
Au dessin, Denis Bodart, artiste namurois né en 1962 et formé à Saint-Luc Bruxelles après un bref passage par l’enseignement, illumine la page depuis ses débuts en 1985 et ses premières histoires courtes publiées dans Spirou en 1995. Collaborateur de Yann sur Célestin dès 1988, explorateur de genres avec Les Aberrants, FI 93 : Ports-Senna ou le collectif Johnny, les années 1960, il insuffle à Si je t’écris… une reconstitution vivante des seventies : plages vibrantes, falaises dramatiques et atmosphère feutrée où le rire côtoie la larme. Leur alchimie culmine en un sommet artistique, émouvant et drôle, un moment suspendu qui, comme une lettre au passé, touche le cœur et réveille l’humanité endormie en chacun.
Par Jessy LEMESLE
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Si je t’écris..., Vincent Zabus et Denis Bodart, Editions Dupuis, 18,95 €
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