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Une fois les marches permettant d’accéder au bâtiment franchies, la première exposition accueille les visiteurs : Reportage depuis Calais. Collaboration entre l’organisation Médecins Sans Frontières et l’autrice Léandre Ackermann, elle présente un reportage en bande dessinée centré sur le quotidien d’adolescents originaires du Soudan, bloqués à Calais. L’autrice a passé plusieurs jours à leurs côtés, donnant naissance à des planches colorées mêlant portraits et fragments de vie, qui sont accrochées sur les murs. Un reportage vidéo, diffusé sur une télévision, accompagne l’ensemble afin d’expliquer la démarche, ainsi qu’une affiche aux couleurs de la Palestine sur laquelle est dessiné le parcours des adolescents du Soudan jusqu’à Calais.
Au premier étage se déploie la suite avec deux nouvelles expositions :
Du papier à l’écran. Oriane Lassus explore les mutations de la bande dessinée à l’ère numérique. Avec des dispositifs interactifs, tels qu’une vidéo ou des tablettes, elle expose son travail et propose une nouvelle expérience de lecture. Plusieurs de ses planches sont accrochées aux murs, à lire de bas en haut à la manière des webtoons.
Dans la pièce d’à côté, Dessiné, c’est capté ! propose un autre dialogue : celui du travail social raconté en BD. En collaboration avec des travaux issus de l’HETSL (Haute école de travail social et de la santé de Lausanne), quatre artistes ont été invités à illustrer des problématiques complexes à travers des récits visuels sensibles. Les sujets abordés sont variés et traitent d’enjeux importants de nos sociétés, comme la précarité. Les dessins présentés ne cherchent pas à simplifier ces réalités, mais à leur donner une nouvelle forme narrative pour mieux les appréhender. Chaque histoire est présentée sur un panneau mural, accompagné d’un texte explicatif présentant le thème abordé.
Enfin, au grenier de la maison de la culture et de l’exploration se trouve également l’exposition Quel.le.x.s combles ! De l’underground à l’attic : la BD queer contemporaine, un véritable coup de cœur. Le commissaire Joachim Guex s’est engagé à mettre à l’honneur le travail de dix auteurs suisses et internationaux membres de la communauté LGBTQIA+.
L’exposition commence avec deux présentoirs contenant respectivement les carnets des dix artistes ainsi que des comics et des magazines de la scène underground des années 1960, lieu d’émergence des premières représentations LGBTQIA+ dans le neuvième art.
L’artiste suisse Jano inaugure le parcours avec des planches originales de sa bande dessinée La Dragonne, une autofiction autour d’un premier amour lesbien et d’un parcours de transition. Il s’agit de son travail de fin de Bachelor, pour lequel il a été nommé au Prix Töpffer de la jeune bande dessinée. Chaque chapitre utilise une couleur précise qui renvoie à un thème précis. La disposition des planches sur le mur permet de mieux rendre compte de son travail en observant le traitement narratif de la couleur.
Le parcours se poursuit avec le travail de Joseph Kai et Claudio Näf. Joseph Kai est un illustrateur et auteur de bande dessinée libanais qui allie sensualité et dénonciation politique. Ses illustrations sont présentées sur de grandes affiches blanches, permettant d’apprécier pleinement son trait graphique. Quant à Claudio Näf, ce dernier présente des planches de la série Alles wird gut, ou en français « Tout ira bien ». Son travail traite principalement de l’éveil sexuel et des traumatismes de l’enfance. Il présente également des planches de I’m your Buoy, l’histoire d’une rencontre entre deux hommes au bord d’un lac au cours d’une journée.
Le parcours continue avec deux salles différentes. La première, plus sombre, joue sur les lumières et les couleurs avec des extraits des albums Tanz ! de Maurane Mazars et Together de Melek Zertal, tandis que la seconde, au sommet des combles, réunit le travail de Jill Pastore et de Nino Bulling.
Jill Pastore réinvestit la figure de la chauve-souris, un animal lié à la communauté queer, car souvent marginalisé, alors qu’il revêt une signification profonde pour celle-ci. À l’opposé de la pièce, Nino Bulling présente son travail en noir et blanc sur de grandes toiles et explore la relation entre crise climatique et transition de genre.
Les trois derniers artistes sont réunis dans une dernière salle à la scénographie plus immersive.
Maeva Rubli propose aux visiteurs et visiteuses de venir s’installer dans un lit, entourés de ses dessins. Un espace intime au sein même d’un lieu traversé par un flux constant, qui invite à faire une pause, tandis qu’Arthur Sevestre, auteur de l’affiche de l’exposition, partage une série d’illustrations sur les cowboys qui jouent sur le culte du corps et de la beauté, ainsi que son court-métrage poétique de quatre minutes La Vita Nuova.
L’exposition se clôt avec le travail de Michel Esselbrügge, qui invite les visiteurs à lire sa websérie dystopique.
L’exposition prend le parti d’exposer une série d’artistes aux palettes graphiques marquées, flirtant souvent avec l’art contemporain. En s’installant dans les combles, l’exposition donne une résonance particulière à la bande dessinée queer, longtemps marginalisée avant de trouver peu à peu sa place dans le paysage culturel. Une belle symbolique pour l’histoire de cet art. Le sujet de la queerness dans la BD fait actuellement le tour de l’Europe. Si l’exposition de BDFil vient de fermer ses portes, la Cité de la BD d’Angoulême et le Quentin Blake Centre for Illustration de Londres ouvriront leurs portes dans les semaines à venir ; ActuaBD y sera.
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Photos : Lyne Geynet
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