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Excellent
2 juillet 2024
Qui ne rêve pas de voir ses vœux exaucés… ? Dans un monde idéal, nos désirs, souhaits, envies seraient tous assouvis. Et sans effort, s’il vous plaît ! Dans la fiction, on pense bien sûr à Aladdin qui, après avoir découvert une lampe magique, rencontre un génie lui proposant d’exaucer trois souhaits. Dans les contes populaires arabes, « Shubeik Lubeik », qui signifie « vos désirs sont des ordres », est d’ailleurs la première phrase prononcée par le génie quand il sort de la lampe.
Dans cet album, les événements sont plus terre-à-terre, si l’on peut dire. Les vœux, classés en différentes catégories, se monnayent. Pour qu’ils soient suivis d’effets, les vœux doivent être prononcés selon un rituel précis ; mais la plus grande difficulté réside en réalité dans la capacité à cerner sa propre personnalité et les difficultés qu’on souhaite surmonter, sans qu’elles n’aient par ailleurs de fâcheuses conséquences sur d’autres pans de notre vie.
Ici, un vieil homme, depuis son modeste kiosque, propose trois voeux à la vente : ils sont enfermés dans une bouteille. Il a bien du mal à les écouler jusqu’à ce que, successivement, deux femmes, Aziza (jeune veuve), Nour (étudiante en quête d’identité) en achètent.
L’acquisition de ces vœux va bouleverser la vie des deux femmes et celle du kiosquier. Quant au troisième vœu, le vieux kiosquier souhaite le confier à Shokry, une vieille femme déclinante. Mais le veut-elle seulement ? Leurs pérégrinations, qui constituent trois récits relativement indépendants avant qu’ils ne se rejoignent, sont l’occasion de se plonger à la fois dans la réalité cairote d’aujourd’hui, mais aussi dans les profondeurs de l’âme humaine.
C’est un drôle d’objet que nous propose Deena Mohamed (interviewée ici par ActuaBD). Pavé de plus de 500 pages, Steinkis le publie en un seul volume ; or, il a initialement été publié en plusieurs morceaux, avec une première partie en auto-édition au festival Comix du Caire en 2017, où il il reçu le prix du meilleur roman graphique et le Grand prix du festival Comix. En arabe, il a été publié en trois romans graphiques distincts pour le marché égyptien. Cependant, un tel volume ne doit pas rebuter : son découpage (trois parties et deux intermèdes) permet une lecture qu’il est aisé de lire et de reprendre à intervalles réguliers.
Un mot de l’éditeur précise que le choix de cette lecture est motivé par la volonté de « respecter l’esprit de l’oeuvre et ses ancrages culturels ». De la même manière, la calligraphie arabe a parfois été conservée (avec des sous-titres en français), et certains termes arabes ont également été conservés dans les dialogues.
L’album est très majoritairement dessiné en noir et blanc, hormis sur une dizaine de pages au début de chaque partie. Il s’agit des passages où il est question de ce vieux kiosquier, dont le parcours de vie est progressivement restitué. Personnage central du récit, il est porteur d’une profonde humanité - presque religieuse - dans son attention aux autres.
Si l’on peut dire que le récit est d’inspiration fantastique, et fait référence à l’imaginaire des contes arabes, il est cependant ancré dans une réalité très concrète : celle de l’Egypte, sa richesse culturelle et religieuse, et le combat des femmes pour exister. Pour celles et ceux qui en doutaient, on ne trouve pas de tapis volants, mais bel et bien des ordinateurs, l’usage des réseaux sociaux, ou encore le thème de la dépression. Ainsi, avec un arrière-planégyptien, se présentent des enjeux sans frontières : nos désirs peuvent aussi être désordre.
Par Damien BOONE
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